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Full text of "Notes historiques et biographiques"

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BIBLIOTHEQUE SAINTE-GENEVIEVE 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 



LES FONDATEURS DE LA 



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NOTES 






DES DOCUMENTS INEDITS 



THÉODORE JUSTE 



M. de Potter. 

ne daim l'éluclion du Roi. 
\uvers. — Bf . Oloxnga et M . VToU 
M. Thiera et lord Palmerstuu. — Sir Henri Btilwer. 
Irfi Hollande el 1a Belgique en 1H 18. — I que, etc. 



^ BRUXELLES!: 

C. MUQUARDT 

HENRY MBEZBACH, SUCC 

MÊME MAISON A GAND ET A LEIPZIG 

1871 





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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 






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TOCS DROITS RÉSERVÉS. 



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LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



NOTES 







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DES DOCUMENTS INEDITS 






THÉODORE JUSTE 







BRUXELLES 

C. MUQUARDT 

HB3STR.-5T MEBZBA.CH, SUCCESSEUR 
MÉJIE MAISON A GAFiD ET A LEIPZIG 

1871 



M. GOBBAERTS, WP. DD ROI, SUCCESSEUR D'MB. DEVROTK, 

Bruxellea, 40, rue de Louvain. 




TABLE. 






Avant-propos vij 

POLITIQUE DE L'ANGLETERRE (1830-1832). 

I. Les radicaux anglais. — Sir John Bowring et M. de Potier. 3 

II. Le prince Léopold de Saxe-Cobourg avant 1831 G 

UI. De l'intervention du gouvernement anglais dans l'élection 

du prince Léopold 21 

IV. L'intervention française en 1831 51 

V. Les forteresses belges 61 

VI. Siège de la citadelle d'Anvers. — Conduite de la Prusse. 71 

APPENDICE. 

Protocol of conférence with tbe Greek deputies, etc. 29 sep- 
tembre 1825 77 

Lord Minto, ambassadeur d'Angleterre à Berlin, à sir Robeit 

Adair. 24 octobre 1832 78 

Lord Palmerston à sir Robert Adair. 27 octobre 1832 80 

SUPPLÉMENT. 

I. Les premières années 85 

II. Dernières notes 91 



vj 



TABLE. 



APPENDICE. 

LETTRES DE FAMILLE. 

La reine Louise au roi Louis-Philippe. 3 octobre 1834 . . . 
Le roi Léopold au prince Ernest de Saxe-Cobourg. 11 août 1888. 
Le même au prince Albert, il août 1835 . 

LA DÉMISSION D'UN MINISTRE. 

M. Ernst, ministre de la justice, au roi Léopold. 1G novem- 
bre 183G 

Le roi Léopold à M. Ernst. 18 novembre 183C 
M. Ernst au roi Léopold. 19 novembre 1836 

1840. 
M. Thiers à M. Kervyn de Lettenhove. 84 janvier 1868 
Le duc d'Aumale au même. 14 février 1868. 
M. (iuizot au même. 16 février 1868 
Lord Howden à M. Thiers. 16 novembre 1868. 
M. Thiers à lord Howden. 17 novembre 1868 
Sir Henri Bulwer à l'éditeur du Time» . 



M. LE COMTE Cil. DE MARNIX ET M. OLOZAGA. 

Le comte de Marnix au général Goblet. 3 décembre 1843 . . 

Le même au même. 31 décembre 1843 

M. A. de Latour, secrétaire du duc rie Montpensier,' au ministre 
des afraires étrangères, 27 décembre 1844 

L'EXPÉDITION DU MEXIQUE. 

M. Sanford, ministre des États-Unis à Bruxelles, à M. Seward. 
30 septembre 1867. . 



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MONUMENT ÉRIGÉ A JOSEPH LEBEAU. 

M. LebeaujugéparM. Bogier et par M. P. Devaux 131 



J'ai essayé de rappeler successivement, dans des mono- 
graphies particulières, les glorieux services de quelques-uns 
des principaux fondateurs de l'État belge. Le roi Léopold I", 
le régent Surlet de Chokier, Joseph Lebeau, Sylvain Van 
de Weyer, le général Goblet, le comte Le Hon, Charles de 
Brouckere, le comte de Muelenaere, le baron de Gerlache : 
voilà déjà une imposante pléiade qui rappelle les grands 
jours des états généraux du royaume des Pays-Bas, les 
orages de la révolution de 1830, l'époque héroïque du 
gouvernement provisoire, les immortels travaux du Con- 
grès national, puis tout un règne, le plus fortuné, à coup 
sûr, des annales de la Belgique. 

Je ne sais si je pourrai achever un jour cette galerie 
nationale en y plaçant d'autres personnages dont le rôle a 
été également considérable et dont les services patriotiques 
méritent aussi la profonde gratitude de la postérité. 

Aujourd'hui, avant de suspendre des labeurs qui, je 
l'espère, n'ont pas été sans utilité, je jette un coup d'œil 
sur la carrière déjà parcourue, et je recueille encore quel- 
ques souvenirs. Ces Notes historiques et biographiques, 



viij 

qu'il m'avait été impossible de rassembler plus tôt, ont 
également leur valeur. Elles complètent certaines révéla- 
tions et en fournissent d'autres. 

Comme je l'ai déclaré nettement, je n'ai jamais eu la 
prétention de dire le dernier mot de nos descendants sur 
les Fondateurs de l'État belge. Toute mon ambition, je le 
répète de nouveau, consistait à publier, pour ceux qui 
viendront après nous, des renseignements exacts et des 
documents authentiques. Tel a été mon but. 

Mais l'illustre Montesquieu l'a dit avec beaucoup de sens 
et non sans amertume aux critiques de son temps ■ 
«... Avez-vous les meilleures intentions du monde on 
vous forcera vous-même d'en douter.... On vient nous 
mettre un béguin sur la tète, pour nous dire à chaque 
mot : Prenez garde de tomber; vous voulez parler comme 
vous, je veux que vous parliez comme moi. ,, 

Bruxelles, 1" septembre 1871 



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POLITIQUE DE L'ANGLETERRE. 



(18301833.) 



« ■ ■ . Je demande à dire aussi avec quelle 
émotion j'ai entendu faire allusion à un nom 
qui m'est si justement cher. Je constate avec 
reconnaissance que ce nom, même après la 
mon, éveille dans vos cœurs de vives sympa- 
thies, et je vous en adresse mes chaleureux 
remerciments. La sympathie réciproque de 
nos deux pays existe depuis des siècles... » 

LSopoidII. (Triiiity-House, 2 juillet 18G0.) 






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LES RADICAUX ANGLAIS. - SIR JOHN BOWRING 
ET M. DE POTTER. 



Le 21 septembre 1830, à la veille des combats 
de Bruxelles, M. Falck, ambassadeur des Pays- 
Bas à Londres, écrivait à l'un de ses plus intimes 
amis : « A l'exception de Cobbett et d'une 
couple d'autres radicaux, il n'y a qu'une voix 
dans ce pays contre la populace de Bruxelles et 
pour la louange du roi. » 

Bientôt le royaume des Pays-Bas s'écroule, et 
les torys qui sont au pouvoir, avec le duc de 
Wellington à leur tête, gardent une attitude 
passive. Au lieu d'envoyer au secours de Guil- 



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4 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

laume I er les vétérans de Waterloo, il les retien- 
nent (car ils craignent d'en avoir besoin pour 
eux-mêmes) et mettent en avant le principe de 
non-intervention. 

Les radicaux et les réformateurs défient 
ouvertement le duc de fer. 

John Bowring, alors plein d'ardeur et rivali- 
sant de hardiesse avec William Cobbett, s'adresse 
à M. de Potter, qui est à ses yeux le membre 
prépondérant du gouvernement provisoire de 
la Belgique, et l'engage à rompre pour jamais 
avec les Nassau et à fonder une république 
nationale ('). 



(') Louis de Potter, né à Bruges, le 26 avril 1786, mort 
dans la même ville le 22 juillet 1859, avait, comme publi- 
ciste, porté des coups mortels à la domination hollandaise. 
Condamné à huit années de bannissement par arrêt de la 
cour d'assises de Bruxelles, du 30 avril 1830, il rentrait 
triomphalement, le 27 septembre, dans la capitale de la 
Belgique et allait prendre place parmi les membres du 
gouvernement provisoire. 

William Cobbett, né en 1766, publiciste radical souvent 
poursuivi, membre de la Chambre des communes en 1832, 
mort en 1835. 

Bowring (sir John), né à Exeter, en 1792, disciple de 
Jérémie Bentham dont il publia les œuvres posthumes, 
éditeur de la Revue de Westminster, de 1825 à 1830, rallié 
au parti whig en 1832, membre de la Chambre des com- 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 5 

Bowring mande à de Potter, le 8 octobre (') : 
« Il est très-urgent que vous chargiez quelqu'un 
de vous représenter ici, pour que l'on puisse 
donner à l'opinion une direction convenable. 
Quelques-uns de nos journaux commencent 
à prendre un ton très-favorable. Le gouverne- 
ment reste toujours indécis et aimerait bien à 
transiger avec vous dans le cas où vous voudriez 
reconnaître la famille hollandaise... Ne comptez 
que sur vous-mêmes. — Consolidez votre force. 

— Réunissez vos assemblées. — Organisez 
votre magistrature. — Encouragez votre presse. 

— Donnez à l'opinion tout l'élan possible. — 
Établissez des relations partout, etc. » 

Le 45 octobre, Bowring écrit : « ... Les intri- 
gues du parti Nassau se développent tous les 
jours et font voir la nécessité absolue que vous 
ayez ici quelqu'un qui pourra nullifier ses 
efforts. On fait ici l'impossible pour que vous 
reconnaissiez le prince d'Orange, et il y a même 
des journaux libéraux qui disent que person- 
nellement vous avez pris ce parti-là. Mais nous 
désirons vous engager à vous tenir fermes, vous 

m unes en 1835, consul britannique à Canton en 1849, 
puis, en 1854, gouverneur à Hong-Kong. 
(') Ces lettres françaises du D r Bowring sont inédites. 



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6 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

assurant, sur connaissance intime de l'état de 
l'opinion, que quoique l'aristocratie entière soit 
bardée contre vous, vous avez l'appui de tout le 
peuple, c'est-à-dire de tous ceux qui ne sont pas 
du côté des oppresseurs, à chaque pas que vous 
ferez dans la carrière républicaine... 11 est im- 
possible de faire savoir combien la marche de 
notre cabinet est vacillante et inconséquente. 11 
est évident qu'il n'a pas de plan décidé... S'il y 
en a entre vous qui soient retenus par la crainte 
de l'Angleterre, croyez-nous-en, c'est une illu- 
sion et un songe. Surtout nous espérons que 
vous ne pencherez pas, à cause de l'Angleterre, 
vers l'idée de la nécessité de mettre à votre tête 
un de ces princes qui vous ont mitraillés, ou un 
prince du tout. Votre position est très-favorable 
pour l'établissement du gouvernement républi- 
cain , et il y a une infinité d'obstacles (quant à 
l'étranger) qui pourraient exister dans le cas 
d'un autre pays, qui n'existeront pas dans le 
vôtre. Par exemple, il y a une multitude de 
modérés ici, qui frémiraient à l'idée de la répu- 
blique en France, qui la trouveraient toute natu- 
relle chez vous. De tous les côtés, on vous 
regarde et on vous encourage. On espère que 
vous réussirez à concilier les intérêts provin- 
ciaux avec la nécessité d'un gouvernement 




NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 7 

central d'après le modèle que présentent actuel- 
lement les États-Unis, et surtout dont vous 
pourrez puiser des traits dans vos anciennes 
institutions brabançonnes... » 

Bowring fit le voyage de Paris, se mit en rela- 
tion avec Lafayette et ses amis, s'associa à leurs 
illusions, et, le 21 octobre, adressa à M. de 
Potter de nouveaux conseils qui, s'ils eussent 
été entièrement suivis, anéantissaient l'indépen- 
dance belge et allumaient une guerre qui pouvait 
avoir pour résultat la chute de Louis-Philippe 
et la restauration de Guillaume I er . 

«... Je vous ai depuis quelque temps écrit 
de Londres par presque tous les courriers, pour 
vous informer de ce que je parvenais à savoir 
des intentions du cabinet à votre égard et de 
l'état de l'opinion. Vous n'avez rien à craindre 
que des intrigues secrètes du gouvernement; 
vous ne devez pas craindre l'emploi de la force 
physique contre vous. Le principe de non- 
intervention est tout à fait reconnu, car le 
gouvernement ne veut pas avoir les dangers 
d'une révolution qui pourrait suivre une autre 
conduite. Plus vous aurez de hardiesse, moins 
vous aurez à craindre. Notre désir est que vous 
alliez tout droit à la république démocratique 
fédérative. Cela n'ajoutera en rien à la haine de 



8 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

ceux qui vous détestent, et ceux qui vous aiment 
ne vous en aimeront, que plus. Par un gouver- 
nement de cette espèce vous pouvez réussir et 
. satisfaire tous les intérêts provinciaux et y 
rattacher les plus précieux souvenirs de votre 

histoire Nos conseils donc se réduisent à peu 

de mots : Soyez Belges, à tout prix, si vous le 
pouvez; établissez votre indépendance natio- 
nale; mais, si cela vous est impossible, soyez 
plutôt Français que Hollandais. La France peut 
toujours vous offrir l'appui de la force. Vous ne 
trouveriez en Hollande que la faiblesse et les 
souvenirs les plus tristes Quoi que les gouver- 
nements se soient promis, par le seul entraîne- 
ment des deux peuples, belge et français, une 
réunion se fera si vous ne pouvez établir votre 
indépendance, et, dans ce cas encore, ne craignez 
rien de nous ('). Le gouvernement ici f) s'est 
perdu par la faiblesse, la lâcheté avec laquelle 
il a sollicité des reconnaissances; ne faites pas 
la même faute. Je vous le répète, vous n'avez 

rien à craindre » 

Le i9 octobre, M. de Porter, dans une lettre 



H Cette affirmation était très-hasardée ; on verra plus 
loin les vrais sentiments de la nation anglaise. 
(*) Le gouvernement de Louis-Philippe. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 9 

publiée par le Courrier des Pays-Bas, avait dit 
nettement : « Je suis républicain. » Le 31, dans 
sa Profession de foi politique, il s'exprimait en 
ces termes : « J'ai la conviction intime que les 
Belges peuvent rester Belges et qu'ils n'ont pour 
cela besoin de qui que ce soit. Et s'ils le peu- 
vent, ils le doivent. La république, sous une 
dénomination quelconque, celle d'Union belge, 
par exemple, est à mes yeux la forme de gou- 
vernement qui leur convient le mieux. » Bien 
que M. de Potter ne parle point de Bowring dans 
ses Souvenirs personnels, il nous paraît incon- 
testable que les adjurations si pressantes de 
l'ami de Cobbett influèrent sur sa détermination. 
On a dit, d'autre part, que le séjour de M. de 
Potter à Paris, depuis sa condamnation par la 
cour d'assises de Bruxelles jusqu'à son retour, 
et les rapports qu'il avait liés dans la capitale 
de la France avec les principaux chefs du 
parti anti-royaliste, avaient dirigé récemment 
son esprit dans le sens de l'opinion répu- 
blicaine ('). Mais jamais M. de Potter n'en- 
couragea leurs projets d'incorporation, d'an- 
nexion, de réunion : il était républicain, mais 
Belge avant tout, et, quoique plus radical que 

(') Louis de Potter, par L. Jottiund, p. 74. 



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10 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Bowring, ne voulait pas échanger la suprématie 
de la Hollande contre la domination des Fran- 
çais. Il était dès lors pénétré de la conviction 
qu'il devait exprimer avec tant d'énergie neuf 
années plus tard : « Je crains, je ne saurais assez 
le redire, la perte de notre indépendance; la 
France ambitieuse la menace chaque jour. Je 
crains la perte de notre liberté; la France .con- 
quérante ne la respectera pas. » El M. de Potter 
avait des raisons spéciales pour se défier des 
-arrière-pensées des hommes d'État de Paris. 
Un personnage français, mis en rapport avec lui 
pendant qu'il était membre du gouvernement 
provisoire, lui tint ce langage : « Qu'il était bien 
fâcheux que la Belgique eût fait sa révolution 
dans des circonstances si critiques pour la 
France; que ce mouvement intempestif avait 
jeté les provinces belges dans un provisoire 
dont elles ne sortiraient que lorsque le gouver- 
ment français se trouverait en mesure de les 
faire jouir du seul définitif qui pût leur con- 
venir, la réunion à la grande nation voulue tout 
à la fois par la nature, la politique et le vœu 
des deux peuples; que le provisoire qui conve- 
nait le mieux était le règne du prince d'Orange, 
auquel les Belges ne s'attacheraient jamais de 
bon cœur, et que par conséquent ils seraient 



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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 11 

toujours prêts à échanger pacifiquement contre 
le décret d'incorporation ('). » 

Bowring vint à Bruxelles et le 1 er novembre 
il en partit avec un autre membre du gouver- 
nement provisoire, M. Sylvain Van de Weyer, 
chargé par ses collègues de faire connaître au 
gouvernement et aux hommes d'Élat de l'An- 
gleterre les véritables causes de la révolution 
belge et les vœux réels du peuple affranchi. 
Le duc de Wellington, après lord Aberdeen , 
déclara à M. Van de Weyer que l'Angleterre 
n'avait jamais eu l'intention d'intervenir; que 
le gouvernement anglais ne prétendait pas 
exercer d'influence sur le choix du gouverne- 
ment de la Belgique; mais qu'il espérait que la 
forme de ce gouvernement serait telle qu'elle 
ne compromettrait pas la sûreté du reste de 
l'Europe 11 ajouta : « Quant à la France, vous 



(') M. de Potter se rappelait aussi avec amertume la 
réunion de 1794 à 1814. «'Je suis assez vieux, disait-il 
en 1839, pour avoir vu, à la fin de cette époque déplorable, 
l'herbe couvrir la plupart des rues de Bruxelles, et pour 
avoir eu connaissance d'une lettre qui avait été adressée 
de France : à M. le maire de la ville de Bruges, près 
d'Ostende. Tant étaient réels la misère et l'oubli dans 
lesquels nous étions tombés! » Souvenirs personnels, 2 e édit., 
t. II, p. 362. 



I I ■■ 






12 NOTES HISTORIQUES ET BIOGKAFHIQUES. 

sentez que l'Angleterre et toutes les autres puis- 
sances s'opposeront toujours à votre réunion 
avec elle. » 

Les Belges n'avaient nullement le désir de 
reprendre le joug qui avait été brisé en 1814. 
C'est ce que, après des informations plus 
sérieuses, dut reconnaître le D' Bowring, dont 
le dévouement à notre cause était d'ailleurs 
énergique et sincère. Le 11 novembre, il écri- 
vait de Paris à M. de Potter : « Me voici. — 
Je suis arrivé ici pour déjouer un projet dont 
Ion s'occupe pour vous donner un gouver- 
nement tel que le veut la Sainte-Alliance. Nous 
craignons fort les intrigues de Talleyrand. Il 
aura manqué cette fois dans son projet. Je 
crois avoir la certitude que vous pouvez aller 
tout droit à votre république, si la voix popu- 
laire vous prête un assez fort appui. - Van de 
Weyer vous aura parlé de son accueil à Lon- 
dres. Il a été, je crois, tout à fait ce que nous 
aurions désiré. Sa visite a été de la plus grande 
importance dans l'intérêt de votre cause ('). » 

(') Le D' Bowring ne disait pas trop. Voir le récit 
détaillé de cette mission dans notre ouvrage : Sylvain 
Van de Weyer, ancien membre du gouvernement provi- 
soire, etc., d'après des documents inédits, 1. 1», pp. 88-99. 









1^ I 







NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 13 

Le Congrès national de Belgique se réunit 
le 10 novembre. Le i8, il proclame l'indépen- 
dance du peuple belge et, le 22, déclare que le 
peuple belge adopte, pour forme de son gou- 
vernement, la monarchie constitutionnelle re- 
présentative sous un chef héréditaire. 

Ainsi étaient tranchées les redoutables ques- 
tions qui préoccupaient dans un sens trop 
exclusif les radicaux anglais. Ceux-ci, du moins 
les plus sages d'entre eux, allaient d'ailleurs se 
rallier au ministère réformateur qui, le 16 no- 
vembre, se constitua sous la présidence de lord 
Grey. 

Ils étaient déjà loin les jours à la fois glorieux 
et agités où Guillaume I er , rêvant le plus bril- 
lant avenir pour le royaume des Pays-Bas, écri- 
vait au vainqueur de Waterloo(19 juillet 1815) : 
« ... Je ne puis remettre ses intérêts les plus 
chers en de meilleures mains qu'en celles qui l'ont 
déjà protégé avec tant de gloire et délivré de 
son plus formidable ennemi Par l'établisse- 
ment de ce nouveau royaume, l'Europe a voulu 
créer un boulevard respectable de la sûreté 
générale. La Grande-Bretagne, d'où celte idée 
est originaire, est aujourd'hui dans la plus belle 
position pour perfectionner l'ouvrage qu'elle a 
si heureusement commencé » 



- 






14 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Après les événements de Paris et de Bruxelles, 
en 1830, le gouvernement hollandais envoya 
un officier supérieur à Londres pour faire con- 
naître au duc de Wellington le véritable état 
des choses. « Wellington, dit un écrivain bien 
informé, refusa toute assistance et nia le casus 
fœderis. 11 faut attribuer ce refus à la faiblesse 
de l'armée anglaise ou à de grands embarras 
intérieurs, sinon on ne saurait comprendre 
comment Wellington se donna, comme ministre, 
si peu de peine pour maintenir en Europe un 
état de choses à la création et à l'affermisse- 
ment duquel il avait, comme général, pris une 
part si glorieuse. » 

A la vérité, les chefs des torys, lorsqu'ils 
eurent abandonné le pouvoir, rejetèrent sur les 
whigs, leurs successeurs, la responsabilité de 
la destruction du royaume fondé en 1814-1815. 
Le 27 janvier 1832, lord Aberdeen disait à 
la chambre des Pairs : « Je dois déclarer 
que nous repoussons de la manière la plus 
positive l'assertion qui nous rend responsa- 
bles d'avoir sanctionné ou favorisé l'indépen- 
dance de la Belgique. La seule séparation que 
nous ayons admise était une séparation admi- 
nistrative des deux pays. Du reste, le principe 
du gouvernement devait rester le même. Alors 









NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 15 

commença le ministère de lord Grey. En France 
se formait une administration identique, celle 
dont M. Laffite fut le chef. C'est entre ces deux 
ministres et par eux que fut décidée l'indé- 
pendance de la Belgique. Quant à moi, tant 
que je fus au pouvoir, jamais je ne reçus une 
communication qui eut pour but celte indé- 
pendance. » 







II 



LE PRINCE LÉOPOLD DE SAXE-COISOURG AVANT 1831. 



J'ai eu sous les yeux une très-curieuse lettre 
que le prince Léopold de Saxe-Cobourg, de 
retour d'un de ses voyages sur le continent, 
adressait, en 1828, à la duchesse Ma rie- Amélie 
d'Orléans. 11 se trouvait, disait-il, très-isolé au 
château de Claremont, n'ayant pour toute com- 
pagnie, au moment où il écrivait, que le chien 
favori couché à ses pieds. Cette solitude lui 
paraissait pénible lorsqu'il se rappelait (et 
c'était un souvenir tout récent) l'aimable société 
qu'il rencontrait à Neuilly et au Palais-Royal. Il 
avait peine toutefois à s'arracher à Claremont, 






18 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

et il voyait venir avec humeur le jour prochain 
où il devrait endosser l'uniforme pour assister 
à un des levers du roi et se tenir pendant plu- 
sieurs heures aux côtés de Georges IV. 

Cette lettre, à la fois pleine d'humour et de 
délicatesse, attestait les cordiales relations qui 
existaient entre la maison d'Orléans et le prince 
Léopold. 

Au printemps de l'année 1829, le duc 
d'Orléans voulut montrer l'Angleterre au duc 
de Chartres, son fils aîné. Ils n'eurent qu'à se 
louer de l'accueil du roi et des empressements 
des membres de la famille royale. Ils dînèrent 
chez le prince Léopold, à Marlborough-House. 
Le 16 août suivant, le prince Léopold, avec 
une suite nombreuse, vint à Bruxelles. Il ne 
pouvait avoir le pressentiment que deux années 
plus tard il serait roi des Belges; car rien 
encore ne faisait prévoir la dissolution prochaine 
du royaume des Pays-Bas. Le prince se rendait 
en Suisse; il y rencontra l'archiduchesse Marie- 
Louise : aussitôt les journaux anglais s'émurent 
et attribuèrent cette rencontre, peut-être for- 
tuite, à un projet de mariage avec la veuve de 
Napoléon I er . 

Au mois d'avril 1830, le prince Léopold se 
trouvait de nouveau à Paris. Le 12, il dîna avec 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 19 

le roi Charles X et la famille royale. Les nouvel- 
listes s'agitèrent encore une fois. Les uns par- 
laient d'un mariage avec la duchesse de Berry ; 
d'autres soutenaient que le prince Léopold 
devait s'unir à la fille aînée du duc d'Orléans et 
que son voyage à Paris n'était point étranger au 
désir d'aplanir les difficultés qui s'opposaient 
encore à l'hymen projeté. Il y eut une troisième 
version. Un journal de Berlin prétendit, d'après 
des lettres particulières des pays du Rhin, que 
le prince Léopold, proclamé souverain de la 
Grèce ('), devait épouser la fille du duc de Plai- 
sance (le ci-devant consul Lehrun), qui était déjà 
arrivée à Athènes avec sa mère. On évaluait, 
ajoutait-il, la fortune de cette héritière à trente 
millions de francs. 

Léopold n'épousa ni la duchesse de Berry ni 
la duchesse de Plaisance. 11 renonça à la souve- 
raineté de la Grèce et accepta la royauté helge, 



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(') L'offre de cette souveraineté lui avait été faite offi- 
cieusement, dès 1825, par les députés grecs envoyés à 
Londres. Ils le préféraient au duc de Sussex et l'opposaient 
à un prince de la maison d'Orléans, soutenu par le gouver- 
nement français. On trouvera dans l'appendice un extrait 
intéressant du protocole de la conférence du 29 septem- 
bre 1825 entre George Canning et les députés grecs. 









20 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

qui lui fut librement offerte par une assemblée 
vraiment nationale, agissant au nom du peuple, 
sans subir ni pression ni contrainte. 



III 



DE L'INTERVENTION DU GOUVERNEMENT ANGLAIS DANS 
L'ÉLECTION DU PRINCE LÉOPOLD. 



L'avénement du prince Léopold de Saxe- 
Cobourg au trône de Belgique fut une éclatante 
victoire remportée sur les réunionistes français 
qui convoitaient nos provinces et s'efforçaient 
d'entraîner Louis-Philippe sur le Rhin. De là un 
profond ressentiment et des injures longtemps 
répétées dans la presse belliqueuse et démago- 
gique par les adhérents de Lamarque et par les 
affiliés à Y Association des droits de l'homme. 
Léopold, disait-on, candidat de l'Angleterre, 
créature de Grey et de Palmerston, n'était à 
Bruxelles qu'un préfet anglais. 

Déjà, j'ai raconté comment le Congrès natio- 



■■ 



22 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

nal de Belgique donna librement ses suffrages 
au prince de Saxe-Cobourg ('). Aujourd'hui, 
grâce à de nouveaux et précieux documents, on 
peut constater aussi ce qui se passa au sein du 
gouvernement britannique, on peut s'assurer si 
réellement le cabinet de Saint-James imposa 
aux Belges la candidature du prince qui avait 
été le gendre de Georges IV. 

En 1867 a vu le jour, par les soins pieux de 
son fils, la correspondance de lord Grey avec le 
roi Guillaume IV et avec le secrétaire de ce 
souverain, sir Herbert Taylor ( 2 ). Lord Grey est, 
selon les expressions d'un écrivain éminent, 
l'homme respecté qui attacha le prix glorieux 
de ses efforts et de sa vie au grand événement 

(') Histoire du Congrès nationalde Belgique, t. II, pp. 136 
et suiv., et Léopold 1", roi des Belges, d'après des documents 
inédits, t. I", pp. 89 et suiv. 

( s ) The correspondence of the laie earl Grey wiih his 
Majesly King William IV and wiih sir Herbert Taylor, 
from r.ov. 1830 tojune 1832. Edited by Heniiy earl Grey. 
(London, John Murray, 1867, 2 vol. in-8°.) L'éditeur dit 
que cette correspondance de son père est maintenant en sa 
possession et que, ayant obtenu à cet effet la permission de 
la Reine, il publie les lettres échangées depuis l'élévation 
de son père au poste de premier ministre (22 nov. 1830) 
jusqu'à la promulgation de l'acte de réforme au commence- 
ment de juin 1832. 






23 
« Mon 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

de la réforme électorale en Angleterre 
père, pendant toute la durée de son administra- 
tion, dit le comte Henri Grey, entretint une 
continuelle correspondance sur les affaires pu- 
bliques avec le roi. Rien d'important n'était fait 
par le gouvernement sans avoir été pleinement 
expliqué au roi dans les lettres que lui adressait 
son ministre, et les objections du roi étaient 
ensuite communiquées sans réserve dans des 
lettres écrites par le souverain ou par ses 
ordres. » Comme le Roi éprouvait de la diffi- 
culté à écrire lui-même, à cause d'une affection 
rhumatismale à la main, ses lettres étaient 
généralement rédigées, d'après ses instructions 
verbales, par son secrétaire privé, sir H. Taylor, 
et il les signait après qu'elles avaient été lues 
devant lui et qu'il leur avait donné son 
approbation 

En 1870, de nouvelles lumières ont encore 
été répandues sur l'un des principaux épisodes 
de l'histoire moderne. Sir Henri Bulwer, dans 
un livre réservé à un succès durable, a publié la 
correspondance de lord Palmerston, chef du 
Foreign-Office en 1831 , avec lord Granville, 
ambassadeur d'Angleterre à Paris ('). Ce sont là 



(') The life of Henry John Temple, viscount Palmerston, 






24- NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

des documents de la plus haute valeur : ils 
contiennent la vérité tout entière. 

Au moment où le Congrès national de 
Bruxelles s'occupait du choix du chef futur de 
l'État, le prince d'Orange, qui se trouvait à 
Londres, n'hésita point à disputer le trône belge 
au duc de Nemours, au duc de Leuchtenberg, 
au prince Othon et au prince Charles de Bavière. 
Cette détermination , quoiqu'elle n'eût point 
l'assentiment du roi Guillaume I er , ne pouvait 
être blâmée. Il ne fallait pas demander au chef 
futur de la maison de Nassau une abnégation 
que sa postérité lui eût justement reprochée un 

with sélections of his Diaries and correspondent. By the 
right hon. sir Henry Lytton Bulwer, G. C. B., M. P. 
(London, Bichard Bentley, in-8°, 1870.) 

Lord Palmerston, né le 20 octobre 1784, devint, le 
3 avril 1807, un des lords de l'amirauté, et conserva ce 
poste jusqu'au mois d'octobre 1809. Du 28 octobre 1809 au 
26 mai 1828, il est secrétaire de la guerre (secrelary at 
war)- du 22 novembre 1830 au 15 novembre 1834, du 
18 avril 183S au 31 août 1841 et du 3 juillet 1846 au 22 dé- 
cembre 1 851 , secrétaire d'État pour les affaires étrangères ; 
du 28 décembre 1852 au 30 juin 1855, secrétaire d'État 
de l'intérieur; premier ministre du 20 février 1855 au 
20 février 1858 et du 30 janvier 1859 jusqu'au jour de sa 
mort, le 18 octobre 1865. L'abbaye de Westminster a reçu 
sa dépouille mortelle. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 25 

jour. Le 41 janvier 1831, le prince d'Orange 
adressa aux Belges un manifeste dans lequel il 
s'exprimait en ces termes : « Le choix d'un sou- 
verain pour la Belgipue, depuis sa séparation 
d'avec la Hollande, a été accompagné de diffi- 
cultés qu'il est inutile de décrire. Puis-je croire 
sans présomption que ma personne présente 
aujourd'hui la meilleure et la plus satisfaisante 
solution de ces difficultés?.. Nul doute que les 
communications récentes et détaillées, venues 
des villes principales et de plusieurs provinces 
de Belgique, n'offrent la preuve frappante de la 
confiance que m'accorde encore une grande 
partie de la nation, et ne m'autorisent à nourrir 
l'espoir que ce sentiment pourra devenir una- 
nime, quand mes vues et mes intentions seront 
suffisamment comprises... Le passé, eu tant 
qu'il me concerne, sera voué à l'oubli. Je n'ad- 
mettrai aucune distinction personnelle, motivée 
sur des actes politiques, et mes constants efforts 
tendront à unir au service de l'État, sans exclu- 
sion et sans égard à leur conduite passée, tous 
les hommes que leurs talents et leur expérience 
rendent le plus capables de bien remplir des 
devoirs publics. Je vouerai mes soins les plus 
assidus à assurer à l'église catholique et à ses 
ministres la protection attentive du gouverne- 






n 



26 NOTES HISTORIQUES ET B10GKAPUIQUES. 

ment et à les entourer du respect de la nation. 
Je serai prêt en même temps à coopérer à 
tontes les mesures qui pourraient être néces- 
saires pour garantir la parfaite liberté des 
cultes, de telle sorte que chacun puisse exercer 
sans obstacle celui auquel il appartient. Un 
de mes plus vifs désirs, comme un de mes 
premiers devoirs, sera de joindre mes efforts à 
ceux de la législature, afin de compléter les 
arrangements qui, fondés sur la base de Yindé- 
pendance nationale, donneront de la sécurité à 
nos relations au dehors, et viendront à la fois 
améliorer et étendre nos moyens de prospérité 
intérieure. Pour atteindre ces grands objets, je 
compte avec confiance sur l'aide des cours, dont 
toutes les vues sont dirigées vers la conservation 
de l'équilibre européen, et vers le maintien de 
la paix générale. » 

Lord Grey approuva ce manifeste et exprima 
l'espoir qu'il aurait un résultat satisfaisant, 
pourvu que l'opinion émise par lord Ponsonby 
sur la force croissante des orangistes fût exacte. 
Lord Ponsonby était le beau-frère du premier 
ministre et représentait depuis un mois la con- 
férence de Londres à Bruxelles. 11 avait fait 
partager par lord Grey sa conviction que l'éta- 
blissement du prince d'Orange en Belgique, 






NOTES HISTORiqUES ET BIOGKAPHiqUES. 27 

à quelque inconvénient qu'il pût être sujet , 
serait, en somme, la solution la plus aisée et la 
plus satisfaisante des difficultés qui embarras- 
saient l'élection d'un nouveau souverain. Tel fut 
l'avis que lord Grey communiqua au roi d'Angle- 
terre le L3 janvier. Le roi voyait cette combi- 
naison d'un œil favorable et proposait même de 
réunir le grand-duché de Luxembourg à la 
Belgique, lorsque ce pays serait placé sous la 
souveraineté du prince d'Orange. Lord Grey, 
après avoir eu sur ce sujet un entretien avec le 
prince lui-même, écrivit à Guillaume IV : « Le 
prince ne cache pas son opinion qu'il y a peu de 
chance d'obtenir l'assentiment du roi, son père, 
pour une pareille cession du grand-duché ('). » 
Il est vrai que l'on attribuait à Guillaume 1 er le 
désaveu le plus énergique des démarches faites 
à Londres par son héritier présomptif. « J'aime 
mieux, aurait-il dit, voir de Polter sur le trône 
belge que le prince d'Orange. » 

Le 20 janvier la conférence de Londres arrête 
les bases de séparation entre la Belgique et la 
Hollande el déclare que, dans les limites qui lui 






(') Le comte Grey au roi, 13 janvier; le roi au comte 
Grey, 14 janvier, et le comte Grey au roi, 15 janvier 1831 . 
Correspondence, etc., t. I", pp. 53-64. 



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, 






28 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

étaient assignées, la Belgique formera un État 
perpétuellement neutre ('). Dès le 23, sir H. Tay- 
lor fit savoir à lord Grey que Guillaume IV don- 
nait son entière approbation à la marche suivie 
par la conférence pour assurer la future neutra- 
lité de la Belgique au sujet de laquelle il avait 
d'ailleurs écrit longuement à lord Palmerston. 
« Je n'ai jamais remarqué, ajoutait le secrétaire 
du roi, qu'il ait pris plus d'intérêt à la rédaction- 
d'une lettre; ce qui n'est pas ordinaire, il me l'a 
fait lire deux fois (*). » Lord Grey répondit le 
lendemain à sir H. Taylor : « J'ai été charmé 
d'apprendre de vous que Sa Majesté a approuvé 
le dernier protocole, en ce qui concerne la future 
neutralité de la Belgique, et encore plus en lisant 
l'excellente lettre de Sa Majesté à lord Palmer- 
ston... Le comte Flahaut est arrivé la nuit der- 
nière de Paris. J'ai eu une longue conversation 
avec lui ce matin II a exprimé, dans les termes 



(') Le Congrès national protesta solennellement contre 
cet acte en tant qu'il dépossédait la Belgique du Luxembourg 
et de la rive gauche de l'Lscaut. Le prince Talleyrand 
n'avait donné au protocole qu'une adhésion conditionnelle : 
le cabinet du Palais-Royal voulait entretenir les illusions des 
Belges au moment où il s'efforçait de faire triompher la 
candidature du duc de Nemours. 

(*) Correspondence, etc., t. I er , p. 79. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGIlAriIIQUES. 



29 



les plus énergiques, l'aident désir du roi des 
Français pour le maintien de la paix et signalé 
le danger qui résulterait de l'état des provin- 
ces belges si un gouvernement ne pouvait s'y 
asseoir prochainement sur une base stable. 
J'exprimai, de la part du roi d'Angleterre, le 
même désir pour le maintien de la paix et la 
même anxiété pour l'assurer par une prompte 
conclusion de la question belge. La principale 
difficulté est le choix d'un souverain. Si le prince 
d'Orange ne peut réussir, et le comte Flahaut 
exprime un doute formel quant à la force de son 
parti, il faut se rallier à un autre choix. Je 
confesse qu'il n'y en a aucun qui puisse soulever 
moins d'objections que celui du prince Charles 
de Bavière. 11 y a, à la vérité, des objections per- 
sonnelles de la part du roi des Français ('); mais 

(') Ces objections étaient indiquées dans une communi- 
cation de lord Palmerston au vicomte Granville, du 27 jan- 
vier. « ... Talleyrand read me to day part of a letter he 
had received from Sebastiani. .. It stated that .... the ob- 
jections to Charles of Bavaria were insurmountable, being 
founded upon his personal hostility to France, upon his 
ultra-principles in public matters and his over-liberal prac- 
tices in private, and his marriage or connection with an 
actress .... What the private and personal character of 
Charles of Bavaria may be I know not ... » The life oflord 
Palmerston, t. II, p. 32. 



30 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

elles ne pourront prévaloir. M. de Flahaut, 
comme M. de Talleyrand l'a fait en diverses 
occasions, suggère un prince de Naples, qui a 
dix-neuf ans ('). Peut-être serait-il possible de 
se soumettre à un pareil arrangement dans 
l'intérêt de la paix; mais je confesse que je ne 
l'aimerais pas ( 2 ). » Le 2o, sir H. Taylor écrit de 
nouveau à lord Grey : « Si, disait-il, les espé- 
rances de Sa Majesté, en ce qui concerne le 
prince d'Orange, doivent être déçues, elle désire 
que vous soyez assuré qu'elle estime comme 
vousque le prince Charles de Bavière serait pré- 
férable à un membre de la famille royale de 
Naples, bien que ses objections contre ce der- 
nier ne puissent prévaloir sur l'ardent désir de 
Sa Majesté pour le maintien de la paix ( :! ). » 

Ce fut le duc de Nemours qui l'emporta : le 
3 février, il était élu roi des Belges. La fausse 
nouvelle de l'acceptation de la couronne par 
Louis-Philippe, au nom de son fils mineur, avait 
d'abord vivement alarmé la cour d'Angleterre; 
mais elle ne tarda point à être rassurée. Lord 
Grey mandait à sir H. Taylor, le 7 : « Le roi a dû 



(') Charles de Capoue. 

( 2 ) Correspondence, etc., t. I er , p. 81, 

( 3 ) Ibid., t. I", p. 86. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 31 

recevoir de lord Palmerston les très-satisfai- 
santes informations venues de Paris, concernant 
les mesures prises par le gouvernement français 
quand il apprit l'élection du duc de Nemours. 
Le soudain changement de ton de M. Sébastiani 
est très-amusant. Je l'attribue à la réception 
simultanée des dépêches de Talleyrand et de 
Flahaut, exprimant comment leurs communi- 
cations avaient été reçues ici ('). » Et, en effet, le 
cabinet de Saint-James n'avait pas dissimulé 
que l'Angleterre ferait indubitablement la guerre 
pour s'opposer àl'avénement du duc deNemours. 
Le 8, sir H. Taylor écrit de nouveau à lordGrey: 
« Votre Seigneurie apprendra par la lettre du 
roi à lord Palmerston, disait-il, combien il 
approuve toute la conduite de son gouverne- 
ment dans les négociations relatives à la Bel- 
gique et aussi comment il attribue le ton nou- 
veau du gouvernement français à la fermeté et 
à la consistance de son propre gouvernement, 
à l'habileté et à la dextérité avec lesquelles les 
négociations ont été conduites par lord Pal- 
merston ( 2 ). » 
Le 11 février, le nom du prince Léopold de 



(') Correspondence, etc., t. I er , p. 113. 
( s ) Ibid., t. I",p. M 6. 







32 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Saxe-Cobourg apparaît pour la première fois 
dans la correspondance de lord Grey ('). Il 
informe sir H. Taylor que le prince a eu la 
bonté de l'inviter à Claremont. 

Un mois auparavant Talleyrand, pour enle- 
ver au prince d'Orange les sympathies du 
cabinet de Saint-James, n'avait pas hésité, lui, 
à mettre en avant la candidature du prince 
Léopold. Le 7 janvier, il avait formellement 
proposé à lord Palmerston le marché suivant : 
la France userait de son influence pour 
assurer l'élection du prince Léopold et obtien- 
drait, pour son amicale intervention, Philippe- 
ville et Marienbourg. Palmerston se borna à 
manifester sa surprise et se tint sur ses 
gardes ( 2 ). 

Talleyrand revint à la charge. Le 1 er avril 

(') Dès la fin de décembre 1830, il avait été question, 
au sein du comité diplomatique du Congrès national, de 
l'élection du prince Léopold. MM. Gendebien et Van de 
Weyer se rendirent à Paris à l'effet de sonder le gouverne- 
ment français à ce sujet. Lorsque M. Van de Weyer partit 
pour Londres, en décembre 1830, il avait été arrêté qu'il 
suivrait la même marche avec le gouvernement anglais. La 
presse française s'élevait dès lors avec une grande violence 
contre cette combinaison. 

(*) The life of lord Palmerston, t. II, p. 28. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 33 

lord Palmerston écrivait au vicomte Granville : 
« Talleyrand me lut, il y a deux jours, une 
dépêche de Sébastiani annonçant que la France 
soutiendrait Léopold, et qu'il ne doutait pas 
que l'Angleterre, en considération d'un arran- 
gement si favorable pour elle, ne consentît à 
tous les désirs de la France concernant Bouil- 
lon, Luxembourg, Maestricht, etc. Talleyrand, 
avant que je pusse dire un mot, ajouta que 
la réponse qu'il se proposait de faire serait 
que l'élection de Léopold était un objet assez 
indifférent pour nous, et que nous n'étions pas 
disposés à faire des sacrifices pour l'obtenir. Je 
dis qu'il avait tout à fait raison, et je le priai 
d'ajouter que, alors même que nous considére- 
rions l'élection de Léopold comme importante 
pour l'Angleterre, nous étions liés par nos enga- 
gements envers les autres puissances et que nous 
préférerions maintenir notre bonne foi plutôt 
que de consulter nos intérêts; que, conséquem- 
ment, l'élection de Léopold n'apporterait aucun 
changement dans nos opinions et nos détermina- 
tions, et que nous ne serions pas plus disposés 
à soutenir les prétentions déraisonnables des 
Belges avec Léopold que sans lui. Mais j'indiquai 
la raison qui nous faisait incliner pour Léopold, 
à défaut d'un membre de la famille d'Orange, 

3 



moÊ 






I 



34 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

c'est que nous pensions qu'il deviendrait un 
bon roi belge, qu'il ne serait pas plus anglais 
que français, mais qu'il considérerait avant tout 
ses propres intérêts et ceux de l'État qu'il gou- 
vernerait. — Aujourd'hui Talleyrand m'a lu une 
dépêche de Sébastiani datée du 30, écrite avant 
qu'il eût pu recevoir la réponse de Talleyrand 
à la précédente, et l'avertissant de considérer 
cette communication comme non avenue ( l ). » 
Le 10 avril, Guillaume IV, en renvoyant à 
lord Grey une lettre privée de lord Ponsonby, 
lui disait : « Lord Ponsonby a, dans cette 
lettre, exprimé trop énergiquement et trop 
ouvertement la conviction qu'aucun avantage 
ne peut résulter d'une plus longue intervention 
en faveur du prince d'Orange ou d'aucune ten- 
tative pour rétablir l'autorité de la maison de 
Nassau en Belgique. En supposant cette opinion 
exacte, il n'y a aucune raison pour laquelle 
l'Angleterre n'essayerait pas de se concilier le 
parti et les individus qui exercent maintenant 
l'autorité en Belgique et dont la coopération a 
été sans doute empêchée par la crainte que la 
restauration d'une souveraineté impopulaire ne 
fût le but que nous avions en vue. 11 est essentiel 

(•) The life oflord Palmerslon, t. II, pp. 62 et suiv. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



35 



que l'Angleterre, affranchie de cet embarras, 
s'efforce de balancer et, si c'est possible, de 
dépasser l'influence de la France. » Le roi exa- 
minait ensuite les avantages et les inconvénients 
de la candidature du prince Léopold. « Sa 
Majesté ne peut nier qu'elle a trouvé de fortes 
objections à ce que le prince Léopold fût mis 
en avant avec le concours de l'Angleterre , 
depuis que l'Angleterre a pris une part si 
chaude et si décidée contre l'élection du duc 
de Nemours. Dans la position où le prince 
Léopold se trouve à l'égard de ce pays, on le 
regardera, en toute hypothèse, comme étant 
sous son influence. 11 sera dit que l'Angleterre 
a soutenu la maison d'Orange, aussi longtemps 
qu'un prince étroitement allié à la maison de 
Hanovre ou sous la dépendance de l'Angleterre 
n'avait pas été mis en avant, et qu'elle a aban- 
donné les Nassau pour un intérêt égoïste. Ceci 
sera déclaré ou insinué bientôt par la France et 
fera naître un sentiment de jalousie parmi les 
autres puissances; par-dessus tout, cela pro- 
duira une impression défavorable sur la maison 
d'Orange et sur tous ceux qui sont alliés à elle. 
Sa Majesté et sa famille se trouveront ainsi dans 
une position pénible et peu enviable à l'égard 
d'une maison à laquelle ils ont pendant si long- 









36 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

temps été attachés par les liens d'une étroite 
amitié. Le roi considère ensuite que le crédit 
de l'Angleterre, son propre crédit et celui de 
son gouvernement sont intéressés à maintenir 
le principe élevé d'après lequel la question belge 
a été traitée jusqu'à présent, et qui serait aban- 
donné si leurs efforts étaient employés en faveur 
d'un candidat mis en avant sous leur influence. 
Même, Sa Majesté ne peut se défendre du soup- 
çon que la France encouragera celte combi- 
naison en vue de déprécier la loyauté de la 
Grande-Bretagne et d'affaiblir son influence ('). » 
Dans la conférence tenue en Foreign-Office, 
le 17 avril, le prince de Talleyrand. déclara 
officiellement d'ordre exprès du roi son maître 
que la France adhérait au protocole du 20 jan- 
vier 1831; qu'elle approuvait entièrement les 
limites que cet acte assignait à la Belgique; 
qu'elle admettait la neutralité ainsi que l'invio- 
labilité du territoire belge; qu'elle ne recon- 
naîtrait de souverain de la Belgique qu'autant 
que ce souverain lui-même aurait pleinement 
accédé à toutes les conditions et clauses du 
pacte fondamental du 20 janvier 1831, et que, 
d'après ces principes,- le gouvernement français 



(') Correspondence, t. I, pp. 210 et suiv. 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 37 

considérait le grand -duché de Luxembourg 
comme absolument séparé de la Belgique, et 
comme devant rester sous la souveraineté et 
dans les relations que lui avait assignées le 
traité de 1815. « Cette déclaration, — disait le 
protocole (n° 21),— fut reçue par les plénipoten- 
tiaires des quatre cours avec une satisfaction 
unanime et sincère. » Un second protocole du 
17 avril (n° 22) vint démontrer de nouveau la 
résolution inflexible des puissances de ne pas 
s'écarter des bases fondamentales qu'elles 
avaient déclarées irrévocables. 11 établissait que 
la reconnaissance de l'indépendance de la Bel- 
gique était subordonnée à l'acceptation des con- 
ditions arrêtées, le 20 janvier, et que, si ces 
propositions n'étaient pas acceptées, toutes rela- 
tions entre la Belgique et les cinq puissances 
devaient cesser, que lord Ponsonby quitterait 
Bruxelles aussitôt et que l'envoyé belge serait 
invité à quitter Paris. 

Lorsque lord Ponsonby reçut les deux nou- 
veaux protocoles, il fut atterré. 11 écrivit très- 
confidentiellement à lord Grey qu'il redoutait 
au plus haut point les conséquences de ces 
inflexibles résolutions : elles pourraient ren- 
verser le ministère et rétablir au pouvoir le 
parti français naguère vaincu, les alliés de 






■ 






88 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Lafayette, les auxiliaires d'une guerre de propa- 
gande. « Je crains, disait-il, que tous les partis 
ne demandent maintenant la réunion à la 
France, et vous savez si Périer aura la force de 
résister à une pareille manifestation (') » 

M. Lebeau, ministre des affaires étrangères, 
montra une grande fermeté en ces conjonctures 
périlleuses. Pour neutraliser les efforts du parti 
français, il prit avec promptitude une résolution 
très-hardie : il chargea quatre membres du 
Congrès de se rendre à Londres, à l'effet de 
pressentir les intentions du prince de Saxe- 
Cobourg, pour le cas où l'assemblée nationale 
lui décernerait la couronne. Ces députés, depuis 
le 22 avril jusqu'au 8 mai, eurent plusieurs 
conférences avec lord Palmerston, lord Grey et 
le prince Léopold. Us emportèrent la conviction 
que le prince serait fier et heureux de se trouver 
à la tête du peuple belge, si un arrangement 
définitif pouvait être conclu avec l'Europe. 

Le 13 mai, lord Palmerston écrivait au 
vicomte Granville : « Léopold a bien raison, 
je crois, de ne pas accepter jusqu'à ce qu'il 
sache ce qu'on lui offre. S'il agissait autrement, 



l 



(') Lord Ponsonby à lord Grey, Bruxelles, 19 avril 1831. 
Cette lettre est inédite. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



39 



il serait comme don Miguel, que personne ne 
reconnaît. En fait, les Belges lui offrent non pas 
un trône mais plutôt une querelle avec toute 
l'Europe, et une complète incertitude de la 
terminer jamais ('). » 

Le 8 mai, le général Belliard, accrédité près 
du régent de la Belgique, partit pour Paris afin 
d'éclairer son gouvernement sur l'état de l'opi- 
nion publique. Cinq jours après, le 13, lord 
Ponsonby partit également pour Londres, où il 
arriva dans la nuit du 15. Le surlendemain, 
lord Palmerston écrivit au vicomte Granville : 
« Lord Ponsonby rapporte que le Congrès va 
être informé des résultats de la mission accom- 
plie à Londres par la députation belge. Si 
l'assemblée trouve que des difficultés insur- 
montables empêchent le prince Léopold d'ac- 
cepter éventuellement la couronne, avant qu'un 
arrangement territorial soit intervenu, le désap- 
pointement qui résultera de cette nouvelle aura 
probablement deux résultats désastreux : le 
renouvellement des hostilités avec la Hollande 
et un changement de gouvernement à Bruxelles. 
11 dit que, en cas de reprise des hostilités, les 
Belges seront rejoints par un grand nombre de 



(>) The life oflord Palmerslon, t. II, p. 77. 






40 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

volontaires étrangers et seront probablement 
commandés par des généraux étrangers; que 
les troupes hollandaises, si elles ne sont pas 
appuyées, ne pourront tenir tête à leurs enne- 
mis, et que la conférence doit considérer les 
conséquences d'une intervention de troupes 
étrangères dans le conflit; qu'un des premiers 
actes d'hostilité sera une attaque contre la cita- 
delle d'Anvers, et que, en ce cas, le général 
Chassé bombardera de nouveau la ville. La 
conférence, ayant donné sa plus sérieuse atten- 
tion à ces importantes considérations, a décidé 
que lord Ponsonby repartira immédiatement, 
et, en réponse à ses communications verbales, 
il a reçu des instructions également verbales 
pour sa direction. Il doit faire comprendre aux 
Belges que, jusque maintenant, il n'y a pas eu 
de refus formel de la part du prince Léopold, 
attendu qu'il n'y a pas encore eu d'offre réelle 
de leur part. Les députés qui sont venus ici 
étaient seulement chargés de sonder les inten- 
tions du prince et n'étaient pas autorisés à 
faire des propositions. Il doit représenter 
que plusieurs des difficultés, qui, à présent, 
embarrassent le choix d'un souverain ou qui 
empêchent l'offre de la couronne d'être accep- 
tée, pourront être aplanies; que la conférence, 






I 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 41 

désireuse de faire disparaître ces difficultés au- 
tant que cela dépend d'elle, veut ouvrir immé- 
diatement des négociations avec le roi des Pays- 
Bas pour s'assurer s'il ne serait pas possible 
d'obtenir pour les Belges la possession du 
Luxembourg, moyennant une juste compensa- 
tion. Enfin, lord Ponsonby doit rappeler aux 
Belges que s'ils violent les conditions attachées à 
leur indépendance, les puissances alliées seront 
forcées de défendre contre eux le territoire 
néerlandais ('). » 

Le même jour (17 mai) M. Lebeau s'adressait 
en ces termes à lord Ponsonby' : « L'espérance 
fait en ce moment la police de la Belgique. C'est 
par l'espérance que le calme renaît, que nous 
avons pu, avec beaucoup d'efforts, contenir l'ar- 
deur de l'armée et de la population d'Anvers. Les 
députés commencent à arriver pour la séance 
d'ouverture, toujours fixée à demain. J'ignore 
si M. Devaux, que j'attends ce soir, nous appor- 
tera de bonnes nouvelles. S'il en était autre- 
ment, je crains que le parti des exagérés ne 

nous donne bien du mal Je suis dans une 

position assez embarrassante; le parti français 
fait adroitement circuler le bruit de la non- 



(') Pupers relative lo the affafk 




1, p. 155. 







42 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

acceptation du prince, ou tout au moins d'hé- 
sitations puériles, aboutissant à une accepta- 
tion sous des conditions inadmissibles. Si je ne 
détruis pas ces mensonges, le Congrès est 
capable de demander la guerre immédiate. » 
Sur la nouvelle que le retour de lord Pon- 
sonby en Belgique était différé, M. Lebeau 
conçut les plus vives appréhensions. Le 21, 
il écrivit au commissaire de la conférence : 
« Je forme des vœux bien sincères pour que 
cette lettre ne vous trouve plus à Londres, 
où il paraît qu'on se plaît à jouer le sort de 
mon pays et celui de la paix générale. L'an- 
nonce de votre retour avait répandu partout 
l'espérance, et voilà qu'un nouveau délai, con- 
traire aux promesses que Votre Seigneurie 
m'avait autorisé à faire, vient reveiller l'inquié- 
tude des vrais Belges et relever la tête au parti 
démagogique. La guerre est son cri, parce qu'elle 
est sa dernière ressource; et comment puis-je 
le combattre lorsqu'il m'oppose mes promesses 

démenties par l'événement ? La prétention 

de tout régler à l'avance serait fort sage si nous 
n'étions pas au bout de notre patience et de 

notre puissance Encore quelques retards, et 

nous allons tomber dans l'anarchie. J'entends 
craquer l'édifice. 11 ne faut rien moins que le 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



43 



- 



support vigoureux de l'élection pour l'empêcher 
de s'écrouler. Mais quel effet magique produi- 
rait l'élection ! Entre la veille et le lendemain, il 

y aurait dix années (') » 

Cependant, le 23, M. Lebeau put donner lec- 
ture au Congrès d'une note où le général 
Belliard annonçait officiellement que les propo- 
sitions, remises par lord Ponsonby, avaient été 
accueillies par la conférence et que celle ci 
allait ouvrir une négociation pour faire obtenir 
à la Belgique la cession du duché de Luxem- 
bourg, moyennant une indemnité. 

En ces circonstances, la conduite du prince 
Léopold continua d'être digne et désintéressée. 
11 ne voulut rien faire pour hâter et assurer son 
élection. Le 22, dans une lettre à lord Palmer- 
ston, il exprimait énergiquement le désir qu'au- 
cune promesse de sa part ne fût faite par lord 
Ponsonby aux Belges. En l'absence d'une 
réponse décisive du roi de Hollande en ce qui 
concernait le Luxembourg, il ne pouvait, 
disait-il, remuer d'un pouce de la position qu'il 
avait prise dès le commencement ( 2 ). 

( l ) Cette lettre est inédite, de même que celle du 17 mai. 
( s ) Voici le texte inédit de cette lettre : 

» Marlboiough-House, 22 may 1831. 
.. My dear Palmerston, Anxious as I am and must bc 









1 



44 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Lord Ponsonby arriva à Bruxelles Je 26 mai 
et, le surlendemain, M. Lebeau communiqua au 
Congrès la lettre célèbre où le commissaire de 
la conférence, avec une âpre franchise, donnait 
les conseils les plus sages et mettait les patriotes 
en garde contre des excitations qui pourraient 
amener jusqu'à l'extinction du nom belge. 
Le 4 juin, le prince Léopold était élu roi. 
Le surlendemain, lord Grey mandait à sir 
H. Taylor : « ... Je joins une lettre reçue pendant 
la dernière nuit de lord Ponsonby. Elle a été 
apportée par un M. White... Ce gentleman réside 
depuis quelque temps en Belgique et semble 
bien connaître le pays. Il confirme, de la ma- 
nière la plus complète, tout ce que lord 
Ponsonby a dit, et appuie beaucoup l'opinion 
que nous n'avons plus d'aulre alternative que 
d'acquiescer à l'élection du prince Léopold ou 
de voir la Belgique immédiatement réunie à la 
France. Je n'ai pas besoin de vous signaler 

that in the présent slate of affairs no promise whalever 
be made on my part by lord Ponsonby to the Belgians, 
I shall beg you to communicate the résumé of our con- 
versation of to day to L" Grey. Without a décisive answer 
from the king of Holland with regard to Luxemburg I can 
not st.r an inch from the position I hâve taken up the first 
moment. I remain ever, etc. ■> 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 45 

toutes les difficultés qui naîtront de l'une ou de 
l'autre de ces alternatives. M. White ajoute que 
les provinces rhénanes, qui appartiennent à la 
Prusse, sont tout à fait mûres pour une révolte 
si le drapeau tricolore se montre en Belgi- 
que ('). » La réponse de Guillaume IV fut assez 
laconique. Sir H. Taylor écrivit à lord Grey, le 
lendemain : « Le roi partage les sentiments de 
Votre Seigneurie sur les difficultés qui s'atta- 
chent à la question belge f ). » 

Ces difficultés étaient grandes, en effet, et 
presque inextricables. 

Le prince Léopold ne pouvait accepter la 
couronne que moyennant un arrangement 
avec l'Europe sur la question territoriale. 
D'autre part, les Belges refusaient d'adhérer 
aux bases de séparation arrêtées par la confé- 
rence. On essaya de transiger. De nouvelles 
négociations furent ouvertes à Londres et abou- 
tirent au traité des dix-huit articles, que le 
Congrès adopta le 9 juillet. 

Pendant les derniers débats de cette assem- 
blée, lord Palmerston écrivait au vicomte 
Granville (3 juillet) : « Il résulte des rapports 



(») Correspondance ofthe laie earlGrey, etc. t. I", p. 288. 
(*■) Ibid., t. I", p. 295. 



46 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

venus de Bruxelles que les républicains français 
et belges veulent faire un grand effort pour 
empêcher l'acceptation de nos propositions; 
mais les mieux informés pensent qu'ils ne 
réussiront pas. On dit que l'armée, la garde 
civique et la majorité du peuple sont pour 
Leopold et la paix. Mais aucun effort ne doit 
être épargné pour procurer un résultat favo- 
rable. On soupçonne en Belgique Soult et 
Pelet (') de former un contre-complot; et j'ai vu 
aujourd'hui une lettre de Bruxelles contenant 
ce qui suit : «. Le général Pelet écrit à un ami 
a Lille : que si les amis belges de la France 
veulent faire un pas en avant, celle-ci fera trois 
pas, baïonnette au fusil. Pelet, ayant été prié 
de changer la garnison de Lille, répondit que 
c était impossible, parce que cela pourra gâter 
les affaires de nos frères belges qui bientôt 
demanderont nos secours. - Je crois que vous 
feriez bien de communiquer confidentiellement 
ceci a Casimir Périer, qui mieux que personne 
pourra apprécier le degré de véracité de ces 
informations ('). » 



le m Ï '"fi PelGt ' m ° rt SénatGUr de Iem P ire f ™ f ais, 
Je 20 décembre 1858. ' 

( 2 ) The life oflord Palmertson, t. II, p. 89. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



47 



Le dénoûment approchait. Le 17 juillet, par 
une missive datée du château de Windsor, 
Guillaume IV renvoyait à lord Grey la lettre 
dans laquelle le prince Léopold indiquait 
l'emploi qu'il se proposait d'assigner à la dota- 
tion qui lui avait été accordée par un acte du 
Parlement, lors de son mariage avec la prin- 
cesse Charlotte. Le roi était d'accord avec lord 
Grey pour trouver ces dispositions libérales et 
justes; elles augmenteraient encore, selon lui, 
la considération du prince Léopold, car on y 
verrait une nouvelle preuve de sa constante 
sollicitude envers la duchesse de Kent, à qui il 
laissait la libre disposition de Claremont. Lord 
Grey était autorisé à communiquer, comme il 
en avait le dessein, ces déterminations du prince 
Léopold à la Chambre des lords ; mais le roi 
exprimait le désir qu'elles fussent accom pagnées 
d'une réserve formelle, à savoir que Son Altesse 
Royale rentrerait en jouissance de la dotation 
tout entière dans le cas où il serait dépossédé de 
la souveraineté précaire qu'il avait acceptée. 
Guillaume IV espérait d'apprendre de lord 
Grey que le prince Léopold avait également 
résigné le commandement (colonelcy) du 5 e régi- 
ment des dragons-gardes, dont il ne pouvait 
convenablement retenir les émoluments dans 






48 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

sa nouvelle position, bien, ajoutait la lettre 
royale, qu'il n'y ait aucun inconvénient à ce 
qu'il conserve le rang nominal de feld-maréchal 
dans l'armée britannique ('). Lord Grey, dans 
un billet du 18, approuve pleinement les vues 
sageset prévoyantes de Guillaume IV concernant 
le rétablissement éventuel du prince Léopold 
dans la jouissance de sa dotation. Il ne s'était 
rien passé, ajoutait-il, entre le prince et lui au 
sujet du régiment dont le premier avait le 
commandement; mais il devait inférer d'une 
expression employée par le prince dans son 
dernier entretien avec lui qu'il ne pourrait, 
comme souverain d'un autre pays, de tirer de 
l'Angleterre une portion quelconque de son 
revenu. En effet, le 19, le roi manda à lord Grey 
que lord Hill venait de lui communiquer ce qui 
lui avait été déclaré par le colonel Cust, aide de 
camp du prince Léopold, au sujet du régiment 
des dragons-gardes. Le prince avait formelle- 
ment l'intention de renoncer à ce régiment et 
de le laisser entièrement à la disposition du 
roi f). 
M. Lebeau sut rendre hautement justice à la 



(') Correspondence, etc., t. I", p. 309. 
( s ) Ibid., etc., t. I", pp. 309 et suivante. 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 49 

loyauté et à la fermeté de lord Ponsonby. Le 
jour même où le Congrès national votait l'ac- 
ceptation des dix-huit articles, le 9 juillet, le 
ministre belge écrivait àl'éminent diplomate : 
« Je suis heureux de vous dire que je ne sépa- 
rerai jamais la pensée de notre indépendance 
des efforts aussi nobles qu'efficaces que vous 
avez employés pour amener ces heureux résul- 
tats. » 

Assurément, cet hommage était mérité. Et 
pourtant ce ne fut point lord Ponsonby, ce ne 
fut point l'Angleterre qui fit roi des Belges le 
prince Léopold de Saxe-Cobourg. Lord Gran- 
ville avait raison lorsque, parlant du premier 
souverain de la Belgique indépendante, il dé- 
clarait nettement à Sébastiani que Léopold ne 
devrait pas être considéré spécialement comme 
un candidat anglais. Palmerston l'approuva à 
tous égards et lui écrivit, le 22 juillet (') : « Le 
gouvernement français, pendant des mois, nous 
blâma parce que nos vœux étaient pour le 
prince d'Orange, et ce fut lui qui mit en avant 
le prince Léopold, si cette idée ne prit pas 
naissance en Belgique même. Quoi qu'il en soit, 
il est incontestable que le gouvernement fran- 

(') The life oflord Palmerston, t, II, p. 91 . 

























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50 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

çais le mit en avant parce qu'il pensait que 
c'était le meilleur obstacle à une restauration 
des Nassau, et il ne peut alléguer avec vérité 
que Léopold soit la créature de l'Angleterre. » 
Léopold était la créature des Belges. Un con- 
temporain de la révolution, un patriote, un 
catholique écrivait en 1832 : « La royauté belge 
peut marcher la tête haute et produire ses 
titres au respect des peuples. Elle est l'ouvrage 
de la nation, et comme telle elle possède cette 
légitimité de premier ordre qui l'emporte 
même sur celle de la gloire. » 



IV 



L'INTERVENTION FRANÇAISE EN 1831. 






Le 5 août, lord Grey transmit au roi Guil- 
laume IV les documents constatant la brusque 
reprise des hostilités par les Hollandais et la 
lettre du roi des Belges réclamant l'intervention 
de l'Angleterre ('). Guillaume IV fit connaître le 
même jour au premier ministre les réflexions 
que cette communication lui suggérait. « Sa 
Majesté doit répéter au comte Grey ce qu'elle a 
déjà exprimé à lord Palmerston, à savoir que 
depuis si longtemps elle a été frappée du carac- 
tère obstiné du roi des Pays-Bas et de la mau- 



(') Voir l'ouvrage consacré à Sylvain Van de Weyer, 
ancien ministre plénipotentiaire de Belgique à Londres, etc. , 
t. I", p. 167. 



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52 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

vaise grâce avec laquelle il recule lorsqu'il décou- 
vre que l'obstination ne peut le servir plus long- 
temps, qu'elle n'a pas été étonnée de sa dernière 
et étrange résolution, quoique celle-ci , malgré 
de déplorables illusions, puisse avoir pour résul- 
tat d'amener sa ruine et celle de la Hollande. » 
La lettre royale indiquait ensuite la conduite 
tenue par chacune des puissances dont les 
représentants avaient pris part aux négocia- 
tions de Londres. Ni la Prusse ni la Russie ni 
même l'Autriche n'avaient sanctionné cordiale- 
ment la participation de leurs représentants à 
quelques-uns des protocoles, et, de son côté, le 
gouvernement français, dans plus d'une occa- 
sion, avait également manifesté de la répu- 
gnance à se soumettre aux dispositions arrê- 
tées. Cette divergence de vues avait pu, selon 
Guillaume IV, donner au gouvernement hollan- 
dais l'espoir que toutes les puissances, unies 
dans les négociations, ne resteraient plus unies 
lorsqu'il s'agirait de faire exécuter les décisions 
prises, en tant qu'elles affecteraient le roi des 
Pays-Bas. D'un autre côté, le discours du roi des 
Belges (') était bien fait pour augmenter encore 



(») Le discours prononcé le 2 1 juillet 1 831 par Léopold 1", 
ors de son inauguration. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 53 

l'irritation; il était impossible du reste de ne 
point regretter que ce souverain eût été assez 
mal conseillé pour introduire dans ce discours 
des expressions qui n'étaient rien moins que 
conciliantes et dont le paragraphe relatif au 
Luxembourg était positivement hostile. « Mais 
que ces remarques soient fondées ou non, pour- 
suivait Guillaume IV, que les puissances soient 
disposées à agir loyalement ou à confirmer les 
soupçons que quelques-uns de leurs procédés 
ont fait naître, la Grande-Bretagne ne doit 
prendre conseil que de son énergie et de sa 
magnanimité; elle doit agir avec une résolution, 
une promptitude et une vigueur telles qu'elle 
gardera cet ascendant moral et politique auquel 
a été dû le maintien de la paix depuis la der- 
nière révolution française. » Le roi approuvait 
donc l'ordre donné à sir Edward Codrington 
de se rendre avec sa flotte dans les Downs et 
voulait que ce premier acte fût suivi d'une décla- 
ration par laquelle il serait notifié à la Hollande 
que, si elle persistait à entreprendre la guerre, 
elle devait s'attendre à de sérieuses repré- 
sailles de la part de l'Angleterre. « Le roi croyait 
que cette résolution clairement manifestée pa- 
ralyserait les dispositions belliqueuses du roi 

ait la Russie, la Prusse 



Pays 



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■v 



54 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



et l'Autriche à réfléchir avant de les encourager 
encore, directement ou indirectement, ces puis- 
sances devant naturellement appréhender que 
leur refus de coopérer avec l'Angleterre n'amène 
l'union de l'Angleterre et de la France contre 
toute coalition formée pour soutenir la Hollande 
dans son opposition violente aux mesures aux- 
quelles les trois puissances du Nord avaient 
elles-mêmes participé ('). » 

Après avoir reçu celte lettre, lord Grey manda 
au roi que c'était pour lui un sujet de la plus 
vive satisfaction de trouver ses opinions confir- 
mées et sanctionnées par les vues éclairées du 
souverain. 11 était heureux de pouvoir ajouter 
que, à la suite des entrevues qu'il avait eues ce 
jour même avec M. Van de Weyer et avec 
M. Falck, il nourrissait l'espoir, si les hostilités 
n'avaientpas été poussées trop loin, qu'un arran- 
gement pourrait encore être effectué entre les 
parties contendantes fj. Cet espoir fut déçu, 
et une armée française, sous le commande- 
ment du maréchal Gérard, entra en Belgique 
pour empêcher la restauration de la maison de 



(') Correspondent of the late earl Grey, etc., t. I* 
pp. 316-319. 

(') Le comte Grey au roi, 5 août 1 831 . 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 55 

Nassau. C'est ce qu'avait toujours appréhendé 
lord Palmerston. 

En apprenant la brusque invasion du prince 
d'Orange, Palmerston avait immédiatement 
porté ses soupçons vers Paris. Le 5 août, il 
écrivait à lord Granville : « Bagot (') a toujours 
pensé qu'il y avait quelque intelligence secrète 
entre la France et le gouvernement hollandais. 
Vous vous rappelez que ïalleyrand me proposa, 
il y a quelque temps, de pousser les Hollandais 
à rompre l'armistice, pour crier ensuite haro 
contre eux, couvrir la Belgique de troupes et 
agir à notre guise. Est-ce que ceci serait le pre- 
mier pas dans la réalisation de ce complot f)? » 
Le 12, lord Grey informe sir H. Taylor qu'il 
résulte d'une communication officielle adressée 
par MM. Falck et de Zuylen à lord Palmerston 
que des ordres ont été transmis au prince 
d'Orange pour qu'il rentre dans les frontières des 
Pays-Bas. En conséquence, le cabinet de Saint- 
James avait résolu que sir Edward Codrington 
retournerait immédiatement avec la flotte à ' 
Portsmouth « Cet ordre, ajoutait lord Grey, 



(') Ambassadeur d'Angleterre à la Haye. 
( 2 ) Lord Palmerston au vicomte Granville, 5 août 1831. 
The life oflord Palmerston, t. II, p. 97. 






56 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

renforcera notre droit de réclamer l'évacuation 
immédiate de la Belgique par les Français ('). » 
De son côté, lord Palmerston, en présence des 
dispositions impérieuses de la Chambre des 
communes, invitait lord Granville à réclamer 
feimement du gouvernement de Louis-Philippe 
l'exécution de ses engagements, le départ des 
Hollandais enlevant tout prétexte à l'occupation 
de la Belgique par des troupes françaises. « Les 
ministres français, écrivait lord Palmerston, 
nous disent perpétuellement que certaines 
choses doivent être faites ou ne pas être faites 
pour satisfaire l'opinion publique en France. 
Mais ignorent-ils qu'il y a un sentiment public 
en Angleterre comme en France? Et, quoique 
moins disposé ici à s'enflammer pour des objets 
de peu d'importance, il s'attache vivement à 
certaines questions (la Belgique est du nombre), 
et, une fois soulevé, ne s'apaise point aisé- 
ment ( 2 ). » Le lendemain, le prince de Talley- 
rand, avec un cynisme incomparable, proposait 
au baron Bûlow, ambassadeur de Prusse, le 



(') Correspondence ofthe late earl Grey, t. I er , p. 327. 

[*) Lord Palmerston au vicomte Granville, de la Chambre 
des communes, 11 août 1831 . The life ofiord Palmerston, 
t. H, pp. 98 et suiv. 



* 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 57 

partage de la Belgique. Éclairé par Bùlow lui- 
même sur les arrière-pensées de Talleyrand, 
Palmerston devient plus pressant, plus impé- 
rieux. Le 13, il écrit à Granville : « Le gouver- 
nement français veut-il rappeler ses troupes 
aussitôt que les Hollandais auront évacué la 
Belgique?... C'est une question de paix ou de 
guerre. » 

Lord Grey était plus calme. Et cependant il 
partageait les défiances de lord Palmerston, 
tout en sachant, par les rapports de lord Gran- 
ville, que les dispositions du roi des Français 
étaient favorables à la paix. « Si confiant, 
disait-il, que je puisse être moi-même dans 
les apparences, je ne crois pas qu'il soit moins 
nécessaire d'insister pour l'évacuation de la 
Belgique aussitôt que l'armée hollandaise aura 
elle-même abandonné ce pays ('). » Le secré- 
taire de Guillaume IV fait savoir bientôt au 
premier ministre que le roi est entièrement 
d'accord avec lui sur la nécessité d'insister pour 
l'évacuation de la Belgique par l'armée fran- 
çaise, afin d'enlever tout prétexte à des mesures 
qui pourraient produire une guerre générale et 



(') Lord Grey à sir H. Taylor. Correspondence, etc., t. I", 
p. 330. 



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: 



58 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

aussi afin de donner satisfaction aux sentiments 
qui prédominaient en Angleterre. « Il importe, 
disait la lettre dictée par Guillaume IV, que 
l'Europe soit convaincue que la France ne veut 
point se soustraire aux engagements contractés 
envers la Grande-Bretagne ou dans lesquels les 
deux pays sont parties principales. En de telles 
circonstances, le roi est très-désireux que le 
langage à tenir par les représentants de l'Angle- 
terre soit très-ferme, sans être toutefois mena- 
çant ou irritant ('). » Enfin, le 18, lord Grey, en 
transmettant à Guillaume IV deux lettres qu'il 
avait reçues le matin du roi des Belges, rendit 
compte de la résolution prise en conseil. « 11 
avait décidé de charger lord Granville de repré- 
senter au gouvernement français, d'une manière 
amicale, mais en termes décisifs, la nécessité 
de l'évacuation de la Belgique par l'arméj du 
maréchal Gérard, en conformité des assurances 
positives données par ledit gouvernement. » 

La veille, dans une lettre particulière à Gran- 
ville, lord Palmerston avait dit le dernier mot 
de cet épisode : « Les Français doivent évacuer 
la Belgique, ou nous avons une guerre générale, 

( 4 ) Sir H. Taylor au comte Grey, 15 août 1831. Corres- 
pondence, etc., t. I er , p. 332. 



IwsP 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 59 

et cela dans un nombre déterminé de jours ('). » 
Les Français évacuèrent la Belgique. 



a. - 



(') Palmerston à Granville, 13 août. The life of lord 
Palmerston,t. II, p. 109. 






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V 



LES FORTERESSES BELGES. 



En ouvrant les Chambres françaises, le 23 j uil- 
let 1831, le roi Louis-Philippe avait prononcé les 
paroles suivanles, qui non-seulement blessèrent 
les Belges, mais excitèrent aussi une vive irrita- 
tion en Allemagne et en Angleterre : « Les 
places élevées pour menacer la France, et non 
pour protéger la Belgique, seront démolies. » 
Lord Palmerston écrivit à lord Granville que le 
discours du roi des Français, plein de jactance 
et d'arrogance, devait offenser l'Europe en- 
tière ('). Le duc de Wellington, à la Chambre 




(') The life oflord Palmerston, t. II, p. 92. 










I 






62 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

des lords, et sir Robert Peel, à la Chambre des 
communes, protestèrent avec énergie contre le 
droit que le gouvernement français prétendait 
s'attribuersur les forteresses élevées, après 1 81 d, 
parles puissances qui avaient vaincu Napoléon. 
Le 26 août, lord Grey informe sir H. Taylor 
qu'il a eu une entrevue avec le duc de Wellington 
au sujet des forteresses et que ce dernier lui avait 
laissé une note où il exprimait l'opinion de leur 
nécessité pour la défense de la Belgique ; le vain- 
queur de Waterloo persistait dans les vues qu'il 
avait émises en 1815 pour la sécurité de ce pays, 
ce Le roi, répondit sir H. Taylor, ne contesterait 
point la valeur d'une pareille barrière contre la 
France, si ces forteresses se trouvaient dans les 
mains d'une puissance qui pourrait y placer des 
garnisons suffisantes et garantir leur sécurité 
contre un coup de main, ou jusqu'à ce que des 
alliés, ou ceux qui étaient intéressés à la préser- 
vation d'une pareille barrière, pussent venir au 
secours du pays dans lequel ces forteresses 
étaient érigées. Mais tel n'était point le cas, même 
lorsque la Hollande et la Belgique étaient unies, 
et, à moins que des arrangements n'eussent été 
pris pour la solde permanente et le maintien de 
garnisons suffisantes, il fallait prévoir que le 
plus grand nombre de ces forteresses tomberait 









NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 63 

entre les mains de la France dans la première 
semaine du renouvellement des hostilités. Cette 
hypothèse était encore plus à craindre depuis 
que les forces applicables au maintien de cette 
prétendue barrière étaient fort diminuées. Dans 
de telles circonstances, les forteresses reste- 
raient debout pour le bénéfice de la France, 

qui pourrait les occuper lorsqu'elle voudrait 

Sa Majesté regrette aussi que la plupart aient 
été restaurées ou reconstruites et qu'une partie 
des sommes consacrées à cet objet n'ait pas été 
appliquée plutôt au payement et au maintien 
des garnisons pour un plus petit nombre ('). » 
Ce jugement de Guillaume IV devait faire 
naître des réflexions sérieuses sur la fragilité 
de la barrière érigée en 1815 contre la France. 
Mais qu'avait voulu Louis-Philippe en em- 
ployant, le 23 juillet, un langage si hautain? 
Ménager les susceptibilités du parti belliqueux, 
qui possédait encore un grand ascendant, et 
dissimuler l'échec infligé à la diplomatie fran- 
çaise par le protocole du M avril. Ce jour-là, les 
plénipotentiaires d'Autriche, de la Grande-Bre- 
tagne, de Prusse et de Russie avaient arrêté 



I 



(') Correspondence of Ihe laie earl Grey, etc., t. I er , 
pp. 338 et 344. 



■ 



■ 






■ 






64 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

« qu'à l'époque où il existerait en Belgique 
un gouvernement reconnu par les puissances qui 
prenaient part à la conférence de Londres, il 
serait entamé entre les quatre cours et ce gou- 
vernement une négociation à l'effet de déter- 
miner celles des forteresses qui devraient être 
démolies. » Le prince de Talleyrand n'avait pas 
été admis à signer ce protocole, et il ne lui fut 
officiellement communiqué que le 1 4 juillet 1 831 . 
Or Casimir Périer, voulant réduire l'opposition 
au silence, feignit de voir dans le protocole du 
M avril un acte de déférence pour la France, 
même un éclatant triomphe, et il mit dans la 
bouche du roi des Français les imprudentes 
paroles qui excitèrent les défiances de l'Europe. 
Le roi des Belges servit de médiateur. En 
ouvrant, le 8 septembre, la première session des 
Chambres, il s'exprima en ces termes : « La neu- 
tralité delà Belgique, garantie par les cinq puis- 
sances, a fait concevoir la possibilité d'apporter 
des modifications à notre système défensif. 
Cette possibilité, admise en principe par les puis- 
sances qui ont pris part à l'érection des forte- 
resse en i 815, sera, je n'en doute point, reconnue 
par la nation. Des négociations auront lieu pour 
régler l'exécution des mesures qui se rattachent 
à la démolition de quelques-unes de ces places. 



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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 65 

Heureuse de pouvoir resserrer encore les liens 
qui unissent les deux peuples, la Belgique don- 
nera dans cette occasion une preuve de sa 
reconnaissance envers la France, l'Europe un 
gage éclatant de sa juste confiance dans la 
loyauté du roi des Français. » Une importante 
déclaration servait de commentaire à ce langage 
prudent et habile. Le marquis de La Tour- 
Maubourg, chargé d'une mission spéciale à 
Bruxelles, reçut du ministre des affaires étran- 
gères une note portant que le roi des Belges, 
conformément au principe posé dans le proto- 
cole du 17 avril, consentait et s'occupait à 
prendre, de concert avec les puissances, aux 
frais desquelles les forteresses avaient été en 
grande partie construites, des mesures pour la 
prompte démolition des places de Charleroi, de 
Mons, de Tournai, d'Ath et de Menin ('). Le duc 
de Wellington, appuyé par les représentants de 
la Prusse et de l'Autriche, protestait contre le 
démantèlement de Mons et de Tournai. De son 
côté, lord Grey inclinait pour une transaction 






i 



(') Le général Goblet fut, comme on sait, envoyé à 
Londres en qualité de plénipotentiaire auprès des quatre 
puissances signataires du protocole du 17 avril. Lord Pal- 
merston disait de lui : « Ile is an intelligent and well condi- 
tioned man, and understands his business. » 

5 



il 



66 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES . 

qui aurait consisté dans la démolition de Mons 
et dans la conservation d'Àth et de Tournai. — 
Pour conserver la paix de l'Europe, faisons, 
disait-il, toutes les concessions possibles, pourvu 
que, dans leur substance ou dans leur forme, 
elles ne soient point dérogatoires à notre hon- 
neur national ('). 

Après des négociations laborieuses et parfois 
pénibles, une convention fut signée le 14 décem- 
bre 1831, par le plénipotentiaire belge et parles 
représentants de l'Angleterre, de l'Autriche, de 
la Prusse et de la Russie. Elle ordonnait la 
démolition des places de Menin, d'Ath, de 
Mons, de Philippeville et de Marienbourg, obli- 
geait le roi des Belges à maintenir en bon état 
les autres forteresses construites depuis 181 S, 
et stipulait que les ratifications seraient échan- 
gées dans le terme de deux mois. 

Le roi d'Angleterre exprima l'opinion de ne 
pas insister pour la démolition de Philippeville 
et de Marienbourg afin de ne point blesser trop 
vivement la France, que cette démolition con- 
trariait, et de ne pas exposer la paix. Mais cette 
fois lord Grey fut inflexible. — S'il ne s'agissait 
que de ces forteresses, répondit-il au roi, ce ne 



(') Correspondence, etc., t. I er , p. 344. 



1 I 



KOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 67 

serait pas matière à sérieuse contestation ; mais 
il faut prendre en considération toute la con- 
duite de la France en cette négociation, son 
arrière-pensée de rentrer ultérieurement en 
possession de Philippeville et de Marienbourg, 
sa protestation contre l'intervention des quatre 
cours, etc. C'est pourquoi le conseil est d'avis de 
ratifier le traité ('). 

Le cabinet français, irrité, voulut rendre res- 
ponsable del'échec qu'il avait subi le roi Léopold 
seul, et il l'accusa de duplicité. Indigné, lord 
Palmerston écrivit à sir Robert Adair, ministre 
d'Angleterre à Bruxelles : « Léopold s'est con- 
duit admirablement dans la question des forte- 
resses, et je ne pense pas que la cour de 
France l'aimera moins pour le caractère qu'il a 
déployé (-). » Le roi Léopold écrivit lui-même à 
lord Palmerston (2 janvier 1832) : « Je suis 
heureux de vous adresser mes plus vifs remer- 
cîments pour l'honnête et vigoureuse politique 
que vous avez adoptée dans l'état si compliqué 
des affaires de l'Europe. L'affaire des forteresses 



(') Le roi au comte Grey, 26 décembre, et le comte Grey 
au roi, 27 décembre 1831. Correspondance, etc., t. II, 
pp. 63 et 66. 

( 2 ) Cette lettre, datée du 30 décembre 1831, est inédite. 



■ 






68 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

a été terminée d'une manière satisfaisante. C'a 
été pour moi un grand ennui parce que la 
France croit que j'ai présenté le traité dans sa 
présente teneur, et que je suis coupable de la 
plus insigne mauvaise foi pour l'avoir gardé pro- 
fondément secret. La seule accusation que je ne 
puisse supporter est celle de déloyauté, car rien 
n'est plus antipathique à ma nature ('). » 

Quatre jours avant que M. Vande Weyer 
échangeât avec les plénipotentiaires d'Autriche, 
de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie 
les ratifications de la convention du 14 décem- 
bre, le roi Guillaume IV, dans une longue lettre 
à lord Grey, dépeignait la politique française 
dans ses rapports avec la Belgique. Le roi 
remarquait que son premier ministre, tout en 
ayant les mêmes vues sur les intérêts de l'An- 
gleterre, ne poussait pas aussi loin que lui la 
méfiance à l'égard de la France, sous quelque 
gouvernement que ce pays fût placé. Ce pouvait 
être un préjugé enraciné, mais le roi ne pouvait 
renoncer à la conviction que le gouvernement 



(') The life of lord Palmerston, t. II, p. 434. L'éminent 
auteur de ce livre disculpe entièrement le roi Léopold et 
démontre que le gouvernement français avait été averti par 
le cabinet de Bruxelles. 



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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 69 

français cachait une arrière - pensée. « Sa 
Majesté, écrivait sir H. Taylor, sent profondé- 
ment les bienfaits de la paix et la nécessité de la 
maintenir ; et elle est en conséquence tout à fait 
disposée à encourager et à bien accueillir toute 
ouverture et toute déclaration qui aurait pour 
effet de conserver ce pays dans de bons rapports 
avec la France; mais elle n'ajoute aucune créance 
à leur sincérité : elle estime que cette politique 
amicale ne durera que jusqu'à ce que la France 
cesse d'appréhender qu'une autre conduite sus- 
citerait contre elle une coalition de l'Angleterre 
avec les puissances du Nord. Sa Majesté est 
convaincue que les Français n'ont, dans aucun 
temps, renoncé au projet de reprendre posses- 
sion de la Belgique et de reporter leur frontière 
jusqu'au Rhin, qu'ils ont toujours ce but en 
vue, et qu'ils patientent seulement parce que 
l'union contre leurs ambitieuses visées est de 
date encore trop récente et prouverait qu'elle 
est encore trop puissante. C'est pourquoi ils 
s'efforcent de réussir en troublant l'ordre des 
choses qui existe dans d'autres États et en exci- 
tant la jalousie et la défiance parmi ceux qui se 
sont unis contre eux ( T )... » En exprimant ces 

(') Sir H. Taylor au comte Grey, 1 er mai 1832. Corres- 





■ 






70 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

convictions, le roi n'avait garde, ajoutait sir 
H. Taylor, de favoriser ou de désirer les mesures 
arbitraires d'une Sainte-Alliance; il y était 
aussi opposé qu'à ce qu'il supposait le système 
français. Par sa position, sa puissance et son 
influence, par le caractère de ses institutions et 
de sa constitution, l'Angleterre devait agir 
comme moderator et tenir la balance entre les 
principes et les systèmes qui se trouvaient en 
lutte. 

C'était là une noble et loyale politique. 



pondence of the late earl Grey, etc., t. H, pp. 385 et suiv. 
Le rôle du prince de Talleyrand avait été de nature à 
augmenter considérablement les soupçons et les défiances 
du gouvernement anglais. Après avoir proposé le partage 
de la Belgique, il cherchait maintenant à empêcher le 
mariage du roi Léopold avec la princesse Louise d'Orléans. 
Il le déconseillait au roi Louis-Philippe comme créant une 
barrière, dans l'avenir, à toute absorption. Le baron de 
Stockmar, cet observateur si pénétrant, disait justement du 
prince de Talleyrand : L'avenir de la Belgique n'est sûre- 
ment pas ce qui lui tient le plus à cœur. 






VI 



SIÈGE DE LA CITADELLE D'ANVERS. 
DE LA PRUSSE. 



— CONDUITE 



Par la convention conclue à Londres, le 
22 octobre 1832, entre les plénipotentiaires de 
la France et de la Grande-Bretagne (le prince de 
Talleyrand et lord Palmerston), il avait été 
résolu que, sur l'invitation du roi des Belges, 
les deux puissances procéderaient à l'exécution 
du traité du 15 novembre 4831, conformément 
à leurs engagements; que l'évacuation territo- 
riale formerait un commencement d'exécution; 
que les gouvernements de Hollande et de Bel- 
gique seraient requis d'opérer réciproquement 
cette évacuation pour le 12 novembre; que la 
force serait employée contre celui de ces gouver- 











72 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



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nements qui n'aurait pas donné son consente- 
ment pour le 2 novembre; que notamment, en 
cas de refus de la Hollande, l'embargo serait 
mis sur les vaisseaux hollandais, et que, le 
i5 novembre, une armée entrerait en Belgique 
pour faire le siège de la citadelle d'Anvers. 

Le 23, M. Van deWeyer adressait de Londres 
la lettre suivante au général Goblet, ministre 
des affaires étrangères : 

« J'apprends que l'idée émise par le cabinet 
français de faire participer la Prusse aux 
mesures coercitives, en lui proposant d'occuper 
Venloo, a été en quelque sorte approuvée à 
Berlin, et quoique M. Ancillon se soit fort récrié 
d'abord, il paraît que le roi lui a fait changer 
d'avis. C'est là du moins ce que mande, dit-on, 
lord Minto. Rien de plus changeant, vous le 
savez, que les résolutions de M. Ancillon. Je 
n'ai pas voulu cependant vous laisser ignorer 
cette circonstance. Sir Robert Adair pourra 
vous donner plus de détails ('). » 

Le 30 octobre, le lendemain du jour où la Bel- 
gique avait été sommée d'évacuer le territoire 

(') On trouvera dans l'Appendice le texte inédit d'une 
lettre adressée, le 24 octobre, par lord Minto à sir Robert 
Adair, et d'une autre lettre de lord Palmerston au même, en 
date du 27. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 73 

attribué à la Hollande, les plénipotentiaires de 
l'Angleterre et de la France h Londres propo- 
sèrent formellement au cabinet de Berlin de 
faire occuper provisoirement par ses troupes 
les territoires, places et lieux dans le Limbourg 
et dans le grand-duché de Luxembourg, qui, 
d'après les termes du traité du 15 novem- 
bre 1831, devaient appartenir au roi des Pays- 
Bas, grand-duc du Luxembourg. Cette occupa- 
tion cesserait lorsque le roi des Pays-Bas aurait 
accepté et pris l'engagement de remplir les con- 
ditions attachées à la possession desdits territoi- 
res, places et lieux parle traité du 15 novembre. 
La Prusse refusa parce que, selon les ternies 
d'une note ultérieure du cabinet de Berlin, 
l'occupation dans les formes proposées ne 
paraissait pas conforme à l'attitude prise par 
ce cabinet. Le gouvernement prussien, au lieu 
d'occuper Venloo, plaça un corps d'observation 
entre le Bhin et la Meuse. Le 7 e corps d'armée, 
qui jusqu'alors avait stationné en Westphalie, 
reçut l'ordre de passer le Bhin et de prendre 
position entre Aix-la-Chapelle et Gueldre, afin 
de couvrir les frontières du côté de la Belgique 
et de la Hollande sur la rive droite de la Meuse, 
et le 8 e corps, établi sur le Rhin, était appelé à 
servir de corps de réserve à ces forces. 



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APPENDICE. 






APPENDICE. 



Protocol of conférence with the Greek deputies, 
MM. Orlando, Spaniolucki and Luriollis. 

Sept. 29' 1 » 1823. 



The Greek deputies added thaï as M. Canning h ad bcen 
so open and candid in lus explanations (o them, perhaps lie 
would allow them to ask what would be the eflect on the 
British government, if the Greek nation were, in their 
approaching assemblies to clioose of their own accord prince 
Leopold of Saxe-Coburg as their king, and to make an ofTer 
direclly to him, and not through the intervention of the 
British government. 

M. Canning answered tliat in that case also the question 
would in ail probabilily coine back to that which be had 
already answered. 

Connected as prince Leopold was with the royal family of 
England, and possessing, as His Boyal Highness did, a large 
stake in tins country, be would, even if disposed to accept 
the trust, doubtless not do so without previously obtaining 
the consent of the king of England. The asking of that 
consent would necessarily draw from the British government 
the same refusai which they were now obliged to give to the 
proposai about to be made to them. 



1 



1?* 



78 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



Il 



The Greek depulies replied that the connection between 
Ihe prince Leopold and the royal family of Great Britain 
being in facl slight, they had hoped that His Royal Highness 
might not feel himself strictly bound by it, and in offering to 
him the suprême power of Greece the Greeks might be 
considcred as tendering it to a German prince. 

M. Canning replied that it was of course open to prince 
Leopold to take whatever course His Royal Highness might 
choose, wcre the offer made to him, but that in as far as His 
Royal Highness would be swaycd by his position in England, 
and M. Canning (speaking merely hisown individual opinion 
upon a question which took him entirely unprepared) 
believed the prince Leopold would be swayed l.y it, His Royal 

Highness's décision would be in the négative (Despalches, 

correspondent and memoranda of fîeld marshal Arthur 
duke of Wellington, edited by his son, the duke of Wel- 
lington (Londres, 1867), supplément, t. II, p. S07 et suiv.) 



) i 






Lord Minto, ambassadeur d'Angleterre à Berlin, 
à sir Robert Adair. 



Berlin, 2 (octobre 1832. 



My dear sir Robert, 



I hâve the satisfaction of informing you that the king of 
Prussia bas consented to the proposai lalely made to him 
from France for the occupation of Venloo and the dutch 
territory in Limburg by Prussian troops simultareously 
wilh the réduction of Anlwerp by France and England. 



£$ms; 




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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



79 



It is intended that lliis proposai should be made fo the con- 
férence of London, and thaï llie measure sliould proceed from 
ils authority. 

No answer has yet bcen rcceivcd liere from Vienna lo the 
communications upon this subject; but I see no rcason to 
apprehend a dissent in thaï quarter, and the proposai sup- 
ported in conférence by the plénipotentiaires of France, 
England and Prussia cannot fail of being acceeded lo by 
those of Prussia and Austria who on a late occasion signified 
their readiness lo abide by the décision of their court. 

It is not to be understood lhat Prussia approves of or 
makes hersef any party to the employemcnl of force against 
Anlwerp. But England and France having announced their 
détermination to proceed to the exécution of Ihe treaty they 
had signed with Belgium, Prussia is willing lhat the confé- 
rence, starting from thaï fixed point, should as a measure of 
précaution assign to lier in deposit from Holland those 
portions of the Dutch territory now occupied by Belgium. 

This décision which will hâve the effect of prescnting the 
five powcrs cooperating in concerl in the exécution of the 
treaty appears (o me of sucb importance as to hâve induced 
me lo forward it to you by estafette. 

I need only add lhat we bave taken care it shall be unter- 
stood hère thaï therc is nothing in this arrangement thaï 
affords any measure from delay in the opération which 
France and England may hâve contemplaled. 
Be.ieve me, etc., etc. 

Minto. 



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■ 
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80 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



Lord Palmerslon à sir Robert Adair. 

Foreign-Office, 27 oct. 1832. 
My dear sir Robert, 

Tell Leopold and Goblet that though we call upon them to 
enter into an engagement by the 2° to evacuate Venloo, etc., 
by the 12 h yet, that if the kingof the Netherlands refuses to 
enter into a corresponding engagement we shall not expect 
Leopold to fulfil tins by the 12" but shall on the contrary 
inform him that we do not wish to evacuate so soon. 

If the Prussians fall into our plan and undertake to 
occupy Venloo and Dulch Limburg then it will be désirable 
that they should enter thosc places at the same lime that the 
French put the Belgians into possession of Antwerp; but, in 
that case perhaps the Prussians ought to keep Venloo till 
the dulch finally agrée to a définitive treaty, but ail this can 
be scttled by and by. If the Dutch refuse, as we expect them 
to do, we shall know their refusai on the 4 and the embargo 
will probably be declared on the S lh . The Dutch will most 
likely retalicate by embargoing and detaining our ships, 
and it may be prudent that you should send confidentially 
to our consul at Antwerp, to désire him to inform British 
captains there, lhatafterthe2and5of nov. they may notfind 
it safe to pass through the Dutch waters, so that if they stay 
beyond that lime they may hâve to remain longer in the 
Scheldt. Ile may, if he bas the means of doing so, also give an 
hint to any British ship that may be laying at Flushing. — 
Do not letlhe convention outof your hands though you will 
of course show it to Leopold and Goblet as I dont wish it to 



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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES, 81 

be made public tlirough our means. I was much obliged to 
you for sending sir J. Smiths to me, be is a very intelligent 
officer and gave me some interesting information about 
Antwerp. — The Prussian déclaration, which I bave just 
received, is as moderately worded, as could bave been 
expected, and we always knew tbat it would corne, when- 
ever we migbt résolve upon coercive measures ; il may as 
well known because it might perhaps tend to give false liopes 
to tbe Dulch, lliougb Antwerp citadel will, I trust, be taken, 
before a Russian order could even reacb Poland. 

My dear sir Robert, yours sinccrely, 
Palmerston. 






SUPPLÉMENT. 



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LES PREMIÈRES ANNÉES. 



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Parlant aux lords d'Angleterre, le 26 jan- 
vier 1832, le duc de Wellington disait du 
premier roi des Belges : « Ses talents et son 
caractère l'appellent à devenir un souverain 
distingué. » Cette prophétie devait s'accomplir 
et au delà. 

Léopold 1 er sut éviter habilement et coura- 
geusement des écueils nombreux et toujours 
menaçants. Déjouant les manœuvres perfides 
du prince de Talleyrand et de ses disciples, il 
s'allia à la maison de France et prévint un 
danger manifeste; triomphant des préventions 
et de l'hostilité des cours du Nord, il fut reconnu 
par l'Europe entière et obtint, par l'intervention 










86 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

des puissances garantes de l'indépendance 
belge, la complète libération du territoire qui 
devait constituer le nouveau royaume. En même 
temps, l'élu du Congrès, par son active sollici- 
tude, gagnait la confiance entière du peuple. 

Sir Henri Bulwer, qui fut chargé d'affaires 
d'Angleterre à Bruxelles, en 183S, s'exprime en 
ces termes : « Le roi étudiait le pays, sur les 
destinées duquel il devait présider, avec une 
minutie d'attention dont il ne faisait point 
parade, mais qu'il laissait involontairement 
apercevoir dans sa conversation. Il y avait à 
peine un pont, une route, une église, un édifice 
public, une personne jouissant d'une certaine 
notoriété, avec laquelle ou avec quoi il ne se fut 
familiarisé. Je me rappelle qu'un de ses courti- 
sans me dit : « Notre prince joint la plus 
grande placidité des manières au plus actif des 
esprits ; » et l'éloge était à peine exagéré ('). » 

Léopold accomplissait rigoureusement ses 
devoirs de roi, renommé, comme on l'a dit 
encore, pour son tact, son jugement, la dignité 
et l'urbanité de ses manières. On lui a reproché, 
à la vérité, une certaine défiance et une suscep- 
tibilité parfois excessive : quoi qu'il en fût, il 

( l ) Voir The life of lord Palmerston, t. II, pp. 220 et suiv. 






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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 87 

savait entendre la vérité et avait horreur de 
l'injustice. 

Dès le commencement de son règne, Léopold 
se montra franchement unioniste, adversaire 
de toutes les opinions extrêmes et violentes. Un 
jour, en 1835, parlant d'une intervention malen- 
contreuse dans les élections, il écrivait non sans 
humeur : « La conduite de ces gens me fait 
souvent penser : qu'avais-je à faire dans cette 
galère? Sans moi, la Belgique était partagée. » 

Dieu merci, loin d'être anéantie, la nation 
belge fut pendant trente- quatre années heureuse 
et prospère. Elle dut pour une grande part 
cette situation privilégiée, exceptionnelle, à la 
sagesse de son premier roi et au dévouement 
éclairé des hommes d'État et des patriotes qui 
le secondaient. 

A aucune époque peut-être un chef et fonda- 
teur d'État ne fut mieux aidé. Du Congrès 
national était sortie une phalange d'hommes 
d'élite qui allaient se distinguer encore, soit 
dans les conseils de la couronne, soit dans les 
Chambres, soit dans la diplomatie. Eux aussi, 
ces patriotes illustres, travaillèrent courageuse- 
ment à l'affermissement de l'indépendance de 
la Belgique, au développement de ses institu- 
tions, et à sa durable prospérité. Sachons-nous 



88 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

placer au-dessus des partis et unir dans notre 
gratitude respectueuse tous ces valeureux sou- 
tiens de la nationalité belge, Joseph Lebeau, 
Félix de Mérode, Charles Rogier, Sylvain 
Van de Weyer, de Theux, Paul Devaux, 
Nothomb, Raikem, de Muelenaere, Le Hon, 
Charles de Brouckere, d'Huart, qui occupaient 
le premier rang de 1831 à 1840 ('). 

La régénération de la Belgique s'acheva rapi- 
dement et avec un singulier bonheur. Telle 
était déjà la confiance du roi Léopold neuf 
années après son avènement, qu'il croyait la 
tâche presque accomplie. Il se plaignait même 
que le gouvernement fût devenu trop facile. Il 
disait à un homme d'État anglais qu'il regrettait 
parfois de n'avoir pas accepté la destinée qui 
lui avait été offerte en Grèce. 

Mais Léopold, malgré toute sa clairvoyance, 
n'avait pas entrevu les épreuves que lui réser- 
vait un avenir prochain. Il ne savait pas encore 
quelle gloire il pourrait acquérir en consolidant 
et en illustrant la royauté belge, tandis que tant 
d'autres trônes s'écroulaient avec un fracas 
sinistre. 



(') Il ne faut pas oublier le général Goblet, bien que cet 
homme d'État n'eût point fait partie du Congrès. 



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NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 89 

La crise de 1840 fut un premier avertisse* 
ment. M. Thiers était alors premier ministre 
en France et lord Palmerston chef du Foreign- 
office en Angleterre. La question égyptienne 
et d'autres causes avaient excité entre les deux 
cabinets une singulière animosité. Bientôt il 
s'agit moins du pacha d'Egypte que d'une ques- 
tion de suprématie. — M. Thiers (on l'a écrit 
maintes fois) se préparait à armer trois ou 
quatre cent mille hommes, dans le dessein 
avoué de marcher sur le Rhin. Bien que le pré- 
sident du cabinet du 1 er mars ne tînt point à 
l'égard de la Belgique un langage menaçant, il 
eût été inévitablement débordé par les impé- 
tueux et incorrigibles preneurs des prétendues 
frontières naturelles. L'Angleterre et l'Allema- 
gne se mirent en mesure de résister, car lord 
Palmerston était convaincu et disait que si 
M. Thiers restait au pouvoir, il fallait s'attendre 
à la guerre. Mais Louis-Philippe refusa de suivre 
jusqu'au bout son premier ministre et, le 20 oc- 
tobre, M. Guizot succéda à M. Thiers avec la 
mission difficile de faire cesser l'isolement de 
la France. 

En ces conjonctures difficiles et toujours 
périlleuses, le roi Léopold déploya les efforts 
les plus habiles pour amener un rapprochement 






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90 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

entre le gouvernement français et les quatre 
autres puissances. Le roi des Belges rendit alors 
un service signalé non-seulement à son pays, 
mais à l'Europe entière. Selon les expressions 
d'un homme d'État allemand ('), il remplit avec 
une sagesse et une prudence qu'on ne saurait 
trop louer cette mission de médiateur à laquelle 
il était appelé et par sa position et par son 
caractère. 

(') M. de Biilow. 



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DERNIÈRES NOTES. 



Naguère les historiens les plus graves et les 
publicistes les plus célèbres s'occupaient beau- 
coup du rôle présumé du roi Léopold 1 er dans 
ce qu'on appelait la question des mariages 
espagnols. 11 nous est possible aujourd'hui de 
mieux affirmer encore que ce rôle fut parfaite- 
ment désintéressé et que le roi des Belges ne 
cessa jamais de se préoccuper, avant tout, des 
intérêts du pays qui lui avait remis ses desti- 
nées. 

Sous la date du 2S octobre 1842, il avait été 
conclu par la Belgique avec l'Espagne un traité 



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92 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

de commerce qui n'a pas été ratifié, les Cortès 
espagnoles n'ayant pas été appelées à l'approu- 
ver. Ce traité fut négocié et signé à Bruxelles 
par don Salustiano de Olozaga, ambassadeur à 
Paris de la reine d'Espagne, encore mineure, 
sous la régence d'Espartero, qui suivit l'expul- 
sion de Marie-Christine. La reine Isabelle n'avait 
que douze ans ; cependant il était déjà question 
de la marier et le neveu du roi Lépold I er , le 
prince Léopold de Saxe-Cobourg-Cohary, était 
considéré comme un des prétendants à sa main ; 
on peut croire que la négociation commerciale 
avec la Belgique notait qu'un prétexte et que le 
véritable but était de trouver l'occasion d'inté- 
resser le roi Léopold à ce mariage. Pendant 
son séjour à Bruxelles, M. Olozaga vit beaucoup 
M. Nothomb, alors ministre de l'intérieur et chef 
du cabinet; il n'aborda jamais nettement la 
question, mais plus d'une fois il dit au ministre 
belge que, pour constituer l'Espagne, il fallait 
marier la jeune reine, qu'elle était déjà en âge 
de se marier. 

M. Nothomb crut de son devoir de rendre 
compte au roi de ces insinuations avec l'inten- 
tion de savoir jusqu'à quel point il pouvait se 
prêter à une ouverture. 
Le roi lui répondit : « Vous serez étonné d'ap- 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 93 

prendre qu'entre le roi Louis-Philippe et moi il 
n'a jamais été échangé un mot en ce qui con- 
cerne le mariage de la reine d'Espagne. Mais je 
sais par la correspondance de notre reine que 
le roi est contraire au mariage de mon neveu 
avec la reine Isabelle; il a proclamé que la reine 
d'Espagne devait épouser un Bourbon ; cela me 
suffit; il s'agit de tout notre système d'alliance 
avec la France, et je ne veux pas le compro- 
mettre en risquant un mariage auquel mon 
neveu ne tient peut-être pas; j'ai donc fait 
savoir au prince Léopold qu'il eût à s'abstenir 
et je m'abstiens de mon côté. — C'est assez 
vous dire, ajouta le roi, toujours en s'adressant 
à M. Nothomb, que vous ne devez rien faire qui 
puisse amener une ouverture de la part de 
M. Olozaga et qu'au besoin vous devez la décli- 
ner. Le roi Louis-Philippe a tort peut-être de ne 
pas vouloir du prince Léopold pour mari de la 
reine d'Espagne; un autre de mes neveux ne l'a 
pas gêné à Lisbonne; celui-ci ne le gênerait pas 
davantage à Madrid; je crois même que la 
reine Marie-Christine n'est pas contraire au 
prince Léopold, mais l'opinion du roi Louis- 
Philippe l'emporte à mes yeux; je ne la discute 
pas. » 
M. Olozaga quitta donc Bruxelles quelques 



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94 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

jours après avoir signé avec le comte de Briey (') 
le traité de commerce, sans avoir été amené à 
s'ouvrir au sujet du mariage de la reine. 

Rien ne fait supposer que le roi Léopold I<* 
ait abandonné la ligne d'abstention qu'il avait 
indiquée à M. Nothomb ; il eût dépendu de lui de 
mettre dans ses intérêts l'ambassadeur Olozaga, 
le régent Espartero et l'ex-régente Marie-Chris- 
tine, qui avait d'ailleurs une grande confiance en 
lui, mais il s'agissait de l'attitude de la Belgique 
vis-à-vis de la France et il n'a pas voulu, pour 
un avantage très -problématique de famille, 
compromettre les relations du pays p). 

Le traité de paix du 19 avril 1839 avait récon- 
cilié de fait la Belgique et la Hollande, mais sans 
amener encore entre les deux peuples séparés 
par la révolution de 1830 une entente intime 
et cordiale. Les coups de foudre de 1848 furent 
de sérieux avertissements; l'existence d'un 
danger commun frappa tous les esprits en 

(') Ministre des affaires étrangères. 

(•) On trouvera dans l'appendice deux lettres curieuses 
du comte Gh. de Marnix, ministre de Belgique à Madrid, 
sur l'épisode mémorable qui, au mois de décembre 1843,' 
précipita M. Olozaga du faîte du pouvoir et l'obligea à 
prendre le chemin de l'exil, en attendant un retour de 
fortune. 



NOTES -HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 95 

Hollande. Dès lors les principaux hommes d'État 
des Pays-Bas manifestaient pour notre pays les 
dispositions les plus favorables et on rapporte 
même que le roi Guillaume II montrait le désir 
de se trouver en première ligne avec l'armée 
hollandaise pour combattre, le cas échéant, les 
projets de conquête de la France. 

Le péril imminent que la révolution de février 
pouvait faire courir aux nationalités belge et 
néerlandaise, la solidarité d'intérêts et de vues 
qui en résulta pour les deux gouvernements, les 
discours tenus à Bruxelles par le ministre du 
roi Guillaume II, tout faisait naître l'espoir que 
le gouvernement des Pays-Bas, n'écoutant que 
son intérêt politique, se prêterait facilement à 
un arrangement propre à maintenir l'ordre et 
la tranquillité sur ses frontières les plus vulné- 
rables. C'est pour atteindre ce but que le général 
Willmar, ministre de Belgique à la Haye, et 
M. de Jaegher, gouverneur de la Flandre orien- 
tale, furent, au mois de mars, chargés de tenir 
au cabinet hollandais le langage suivant : « La 
révolution qui vient d'éclater à nos portes 
menace autant la Néerlande que la Belgique ; 
étroitement unis, nous pouvons conjurer le 
danger ; divisés, nous pouvons succomber l'un 
après l'autre ; votre souverain l'a dit : La Bel- 




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96 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

gique est en ce moment le boulevard de la Hol- 
lande. Dans ces graves conjonctures, la Belgique 
vous demande quelques légers avantages pour 
l'exportation de ses tissus de coton aux Indes 
orientales; en retour de cette faveur, elle vous 
garantit le maintien de la pnix et de la tranquil- 
lité à vos frontières. » Ces paroles furent écou- 
tées avec bienveillance, et un des ministres 
(M. de Randwyck) fit même, dit-on, aux négo- 
ciateurs quelques promesses verbales. Mais 
lorsque la tempête perdit de sa force, lorsque 
la Néerlande eut eu le temps de se reconnaître, 
lorsque M. de Schimmelpenninck, rappelé de 
Londres pour entrer dans un nouveau cabinet, 
eut apporté l'assurance que le gouvernement 
britannique ne laisserait pas périr la nationalité 
hollandaise, le langage changea. On montrait 
toujours de la sympathie pour la Belgique, mais 
on n'était plus disposé à lui accorder aux Indes 
un privilège en désaccord avec les vieilles tradi- 
tions de la Néerlande. 

Dans les premiers jours de septembre, le 
gouvernement bolge fit toutefois une nouvelle 
tentative. Un ancien membre du Congrès natio- 
nal, qui, depuis l'avènement du roi Léopold I er , 
avait occupé les plus hautes positions dans l'État 
et qui avait été mêlé à toutes les grandes négo- 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 97 

dations, commerciales et financières, M. Liedts, 
ministre d'État et gouverneur du Brabant, fut 
chargé d'une mission secrète à la Haye ('). Il la 
remplit avec l'intelligence et le tact dont il 
avait déjà donné tant de preuves. 11 n'était 
revêtu d'aucun caractère officiel; il paraissait 
faire un simple voyage d'agrément et n'avoir 
d'autre but, dans ses communications avec les 
hommes d'État hollandais, que d'entretenir les 
cordiales relations qu'il avait déjà nouées avec 
eux, soit à la Haye, soit à Bruxelles. En réalité, 
il devait sonder attentivement leurs disposi- 
tions fiscales et s'assurer si lecabinetdeBruxelles 
pouvait persister dans l'espoir qu'il avait conçu 
au mois de mars, ou bien s'il devait y renoncer 
définitivement. 

De là, un long et curieux entretien avec le 
ministre des affaires étrangères, M. le baron 
de Bentinck, rappelé récemment de Bruxelles 
où il représentait le roi Guillaume III. 

Le baron de Bentinck logeait à l'hôtel de 



*^ 



(') M. Liedts avait été ministre de l'intérieur en 1840-1841, 
et président de la Chambre des représentants pendant cinq 
années (1843-1848). En 1839, il avait rempli une mission 
spéciale à Utrecht pour l'exécution des stipulations finan- 
cières du traité de paix avec la Hollande. 

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98 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Turenne, à la Haye, et travaillait le jour au 
ministère. M. Liedts lui dit qu'il venait de son 
hôtel, où il avait espéré le rencontrer. 

— Je n'ai pas, répondit-il, loué de maison 
parce que notre ministère n'est qu'un ministère 
de transition ; aussitôt que la révision de la loi 
fondamentale sera achevée, ce qui aura lieu 
sous peu.j'espère, comme plusieurs de mes col- 
lègues, que le roi daignera accepter notre 
démission et qu'il me permettra de reprendre 
mon poste à Bruxelles. 

— Si tels sont vos vœux, vous devriez, en 
habile diplomate, faire précéder votre retour 
parmi nous par l'annonce de quelque acte, qui, 
tout en resserrant les liens entre les deux pays, 
assure chez nous la continuation du travail, et 
prévienne toute commotion politique. 

— J'y ai souvent songé; ce serait un moyen 
de me faire bien venir chez vous : mais croyez- 
moi, monsieur Liedts, nous ne sommes pas en 
situation de rien faire. La refonte de nos insti- 
tutions fondamentales est un acte d'une telle 
importance, elle nous occupe si exclusivement, 
nous avons pour l'accomplir tant de difficultés 

, à vaincre, que ce serait folie à nous, ministres 
d'un jour, de nous créer des difficultés nou- 
velles; et c'en eût été une énorme, si nous 




NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 99 

avions accordé à l'industrie gantoise Je privilège 
qu'on réclamait pour elle, il y a quelques 
mois. 

— Sans doute, la réforme de la constitution 
a une grande importance, mais ce qui n'est pas 
moins important, c'est que, vous et nous, nous 
traversions heureusement la tempête qui con- 
tinue à nous menacer. 

— Nous avons craint un instant, ajouta 
M. de Bentinck en riant, de voir arriver ici les 
Français et les Belges en même temps, mais 
cette peur est passée; nous craignons en ce 
moment plus le Nord que le Midi ; les événe- 
ments qui se passent en Allemagne nous préoc- 
cupent beaucoup . 

— Motif de plus pour que vous cultiviez 
l'amitié de la Belgique, car en supposant que 
l'horizon s'éclaircisseauMidi,ceque je n'admets 
pas, le Nord devient de plus en plus menaçant, 
et le moment n'est peut-être pas éloigné où 
vous aurez besoin de compter sur le bon voisi- 
nage de la Belgique. 

— Aussi nous y comptons comme la Belgique 
peut compter sur nous. 

— Jusqu'ici, monsieur le Ministre, nous 
n'apercevons pas trop les marques de votre 
sympathie Dans peu de jours je serai de 



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100 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

retour à Bruxelles; vous connaissez mes rela- 
tions intimes avec les membres du cabinet : 
m'autorisez-vous à leur dire que je vous ai 
trouvé dans des dispositions telles que, si on 
donnait plein pouvoir à notre ministre à la 
Haye ou à tout autre, on pourrait reprendre 
utilement l'affaire abandonnée au mois de mars, 
ou toute autre combinaison, avec cette diffé- 
rence que je tâcherai de faire comprendre à 
MM. les ministres belges la nécessité où vous 
êtes d'exiger un avantage matériel en compen- 
sation de l'avantage que vous feriez à nos 
industries....? 

— Ni convention à titre gratuit ni autre. Le 
moment n'est pas venu; le cabinet qui nous 
succédera sera peut-être mieux posé pour 
traiter, mais, quant à nous, dans la situation 
précaire où nous sommes, en présence d'une 
Chambre qui va se réunir en nombre double, 
avec une industrie cotonnière aux abois, avec 
les préoccupations que nous donnent les événe- 
ments d'Allemagne, nous n'oserions songer à 
une négociation de ce genre. 

— C'est jouer gros jeu, monsieur le Ministre, 
car enfin, si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'absence de' 
travail compromettait l'ordre en Belgique , je 
veux bien admettre un instant avec vous, 









NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 101 

quoique ce soit peu probable, que le torrent ne 
vous envahirait pas; mais il en résulterait tout 
au moins une stagnation immédiate dans toutes 
les relations, et, dans ce cas, vos industries 
auraient des souffrances bien autrement cruelles 
à endurer de ce désastre que de quelques minces 
concessions qui auraient pu maintenir la tran- 
quillité en Belgique. 

— J'ai trop bonne opinion de votre pays, 
monsieur Liedts, pour craindre ces malheurs; 
l'ouvrier de Gand souffre, mais il se résigne, et 
tout ce que nous savons de celte ville nous 
autorise à croire que vous passerez facilement 
l'hiver. 

— Je ne puis donc, en parlant à Bruxelles de 
votre prochain retour, accompagner cette bonne 
nouvelle d'aucune annonce de soulagement à 
notre malaise industriel? 

— Malheureusement non. 

— Et MM. vos collègues sont-ils tous dans 
les mêmes dispositions d'esprit que vous? 

— Ils sont encore plus opposés que moi, si 
c'est possible, à toute reprise de négociations. 

M. Liedts, peu satisfait, voulut s'éclairer sur 
la situation réelle du ministère, en s'adressant à 
un personnage, dans l'intimité duquel il avait 



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102 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

autrefois vécu pendant plusieurs mois en Hol- 
lande : c'était M. Baud, ancien gouverneur 
général des Indes orientales et ministre des 
colonies sous l'administration précédente. 

M. Baud n'hésila point à reconnaître qu'il n'v 
avait plus en Hollande, pour le moment, un 
véritable ministère. 

— Je comprends alors, lui dit M. Liedts, 
pourquoi toute négociation a été impossible au 
mois de mars, quelque impérieuses que fussent 
les circonstances. 

— C'est évident, et il en serait de même 
aujourd'hui. Du reste, il y a d'autres motifs que 
l'absence d'un ministère sérieux; nous avons les 
mêmes besoins que vous, notre industrie des 
tissus est aussi souffrante que la vôtre, et nous 
ne pouvons y porter remède. 

M. Liedts lui dit que sa retraite du ministère 
était un fait regrettable pour la Belgique; 
qu'avec l'intelligence qu'il avait des affaires, la 
négociation eût eu une meilleure issue. 

— Sans doute, répondit-il, vous eussiez eu 
quelques chances de plus qu'en traitant avec 
des ministres qui ne sont considérés ni par le 
public, ni parles Chambres, ni par eux-mêmes, 
comme des ministres sérieux; cependant ce 
serait vous faire illusion que de croire que, moi 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 103 

ministre, la réussite serait certaine. Ce que 
vous ignorez peut-être, c'est que le pays, et le 
roi surtout, voient le salut des Pays-Bas dans le 
monopole de la mère patrie avec les colonies. 
On est tellement jaloux de ce privilège que la 
moindre dérogation qu'on voudrait y faire 
exciterait des clameurs d'un bout du pays à 
l'autre. 

— Mais si la Belgique offrait des compensa- 
tions 

— Tout cela ne suffirait pas, le monopole 
avec Java est une espèce d'arche sainte à la- 
quelle aucun ministère n'osera toucher d'ici à 
fort longtemps. 

Lorsque M. Baud témoigna toute son admi- 
ration de la conduite sage, ferme et intelligente 
que le gouvernement belge avait tenue dans les 
circonstances difficiles où il s'était trouvé, 
M. Liedts lui dit : 

— Vous ressemblez un peu aux habitants 
d'un polder qu'une forte digue protège contre 
les inondations et qui se bornent à féliciter le 
propriétaire riverain de la mer de l'intelligence 
et de la fermeté avec lesquelles il entretient et 
surveille la digue ; ce propriétaire leur dirait à 
bon droit : vous m'adressez des éloges, c'est 
fort bien, mais vous feriez mieux encore si vous 



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104 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

me prêtiez votre concours pour lutter contre 
les eaux. 

— Pardon; la comparaison manque de jus- 
tesse : nous ne sommes pas habitants du même 
polder. Vous avez vos digues à surveiller; nous 
avons les nôtres. Seulement les vôtres sont un 
peu plus exposées que les nôtres. Voilà toute la 
différence.... 

Par ses hautes qualités et sa renommée, 
Léopold I er , à la différence d'autres souverains, 
donnait de l'importance à son royaume au lieu 
de lui en emprunter. On ne pourrait contester 
la justesse de cette remarque de lord Bulwer : 
« Les monarques ceints des couronnes les plus 
puissantes invoquaient les conseils et l'arbitrage 
du glorieux chef des Belges. » Un i Ole passif, 
effacé, ne pouvait convenir au roi Léopold et, 
d'après lui, ne convenait pas toujours à la 
Belgique. 

C'est ainsi que le commandeur Spada, dans 
son Histoire de la révolution romaine, rapporte 
que, à la suite du meurtre de l'infortuné Rossi, 
Pie IX s'étant enfui de Rome (24 novem- 
bre 1848), et ayant cherché un refuge à Gaëte, 
le roi des Belges, suivant l'exemple de l'empe- 
reur de Russie et du roi de Prusse, n'hésita 









NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 105 

point à offrir au pape une armée de secours ('). 

L'intervention de Léopold 1 er dans la fatale 
expédition du Mexique ne fut point aussi spon- 
tanée. A cet égard, et pour constater la vérité, 
il faut recourir à un document trop peu connu. 
Il s'agit du rapport adressé, le 30 septem- 
bre 1867, par M. Sanford, ministre des États- 
Unis à Bruxelles, à M. Seward, secrétaire 
d'État de la république. C'est un témoignage 
précieux, parce qu'il est fondé sur une irrécu- 
sable impartialité. M. Sanford s'exprimait en 
ces termes : 

« On éprouve toujours ici le plus grand 

intérêt touchant l'origine, les progrès et la 
non-réussite du projet de créer un empire dans 
la république du Mexique; tous les jours de 
nouveaux documents apparaissent; ils sont lus 
avidement par le public; car ils soulèvent le 
voile qui couvre l'histoire mystérieuse de cette 
entreprise mal conçue. 



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( l ) Le commandeur Spada ajoute : « Le général Olivier 
.. dit à l'auteur même de ce livre que, si les offres belges 
« avaient été acceptées, il était, lui (général Olivier), 
« destiné à commander un corps de dix mille hommes. » 
(Sloiïa délia rivoluzwne romana dal \ guigno al 15 lu- 
glio 1849, par le commandeur Spada, t. III, p. 189.) 









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106 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

« Je ne pense pas m'éloigner de la question en 
rectifiant une erreur populaire d'après laquelle 
Léopold 1er serait le promoteur et rinstigateur 

de ce soi-disant empire du Mexique. Je suis 
fondé à croire tout le contraire et je puis 
ajouter, d'après une haute autorité, que du 
moment où la couronne impériale fut offerte à 
l'archiduc Maximilien, le roi résolut de n'exercer, 
à ce sujet, aucune influence ni sur lui ni sur sa 
fille. 

« Quand les premières ouvertures leur furent 
faites, Sa Majesté dit, dans une conversation 
intime, qu'elle ne croyait pas qu'ils les accueille- 
raient favorablemet et, plus tard, quand Maxi- 
milien et l'archiduchesse reçurent des proposi- 
tions formelles, le roi répéta mainte et mainte 
fois qu'il était fermement résolu à les laisser 
agir d'après leurs inclinations personnelles et 
qu'il s'abstiendrait de tout conseil, soit dans 
un sens, soit dans l'autre. 

« Je crois devoir à la mémoire d'un homme, 
grand par l'intelligence et par le cœur, et dont 
l'intérêt chaleureux et éclairé pour les États- 
Unis est fréquemment attesté dans les archives 
de cette légation, je crois devoir recueillir ici 
la rectification dont il s'agit, quoique les faits, 
communiqués depuis longtemps d'une manière 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



107 



plus irrégulière, ne soient pas nouveaux pour 
vous. 

« Il n'est pas à nier que le roi, mu par un 
sentiment de sollicitude paternelle, après que 
ses enfants se furent décidés à entreprendre 
cette périlleuse aventure, ne favorisât la recon- 
naissance de l'empire du Mexique et la forma- 
tion d'une légion belge de volontaires qui pût 
servir de protection à sa fille; mais l'histoire ne 
pourra lui reprocher d'avoir été directement ou 
indirectement responsable du projet de former 
l'empire du Mexique. » 

Nous n'avons plus à parler des relations de 
Léopold I er avec l'empereur Napoléon 111. On 
sait que les rapports personnels du premier 
roi des Belges avec le second empereur des 
Français furent, pendant quelques années, 
empreints d'une assez grande cordialité. Et 
cependant la vieille expérience du Nestor des 
rois (comme on l'appelait) était toujours en 
éveil. 11 prédisait même les événements fu- 
turs, lorsqu'il écrivait à l'un de ses confi- 
dents : « Les agents du gouvernement fran- 
çais ne savent rien, puisqu'il n'y a pas, à 
proprement dire, un gouvernement, mais la 
volonté de l'empereur; il écoute quelquefois, 
mais il prépare dans son ordre d'idées et fait 






108 N ot £ S HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

exécuter. . N est-ce pas la cause déterminante 
de 1 injuste, de l'effroyable guerre dans laquelle 
s est écroulé le second empire, après des 
desastres qui ont fait oublier Crécy, Poitiers 
Azincourt, Waterloo? 



APPENDICE. 



LETTRES DE FAMILLE. 

On lira avec plaisir une lettre ine'dite de la reine 
Louise à Louis-Philippe. Elle nous fait péne'trer dans 
l'intérieur des deux familles royales; elle contient des 
particularite's vraiment intéressantes ; elle fait en quel- 
que sorte revivre la noble princesse qui fut enleve'e 
trop tôt à l'amour des Belges. 

La reine Louise au roi Louis- Philippe. 



« Laeken, ô octobre 183i. 
« Bien cher Père, 

« Lorsque la reine vous remettra cette lettre, je serai, quoi- 
que éloignée, bien de cœur avec elle, avec vous, avec toute la 
famille. Le C octobre est un jour qui nous est bien cher à 
tous, et qui sera célébré aussi joyeusement et aussi sincère- 
ment à Laeken qu'à Fontainebleau, quoique d'une manière 
beaucoup moins brillante. Je ne vous parle point de tous 
mes vœux, vous les connaissez : vous savez aussi combien je 
regrette de ne pouvoir vous les offrir moi-même. Espérons que 



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HO NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

l'année prochaine j'auraice bonheur.Le roi veut bien mêle lais- 
ser croire, et vous jugezsi j'accepte celte espérance. Si diverses 
circonstances n'étaient venues couper courte ses beaux projets, 
je crois vraiment que nous vous aurions fait présentement 
une petite visite à Fontainebleau. Le roi en était réellement 
un peu tenté. Il aime beaucoup Fontainebleau et s'y trouvait 
précisément à celte époque de l'année 1807, au milieu de 
toutes les splendeurs de la cour impériale. Je n'ai d'ici, bien 
cher Père, rien à vous mander. Le roi est parti hier'pour 
visiter le camp. Il ne sera de retour que le 6 pour dîner, et 
je crains que le voyage ne mette un peu en retard sa lettre 
de bonne fête. Mais que vous la receviez un peu plus tôt, 
ou un peu plus tard, vous savez combien il vous est sincè- 
rement attaché, et combien ses sentiments pour vous sont 
ceux d'un fils et d'un fils tendrement dévoué. Je suis restée 
à Laeken, pendant son absence, préférant de beaucoup ce 
séjour à celui de Bruxelles ('), et du fond de mu solitude, 
je me réjouis, et pour vous et pour lui, du beau temps qu'il 
fait. D'après les lettres que je reçois, je vois que Fontaine- 
bleau a bien gagné depuis que je n'y ai été, et qu'il est dans 
ce moment bien brillant. J'espère, bien cher Père, que vous 

(') Le château de Laeken est une création de l'archiduchesse Marie- 
Chnst,ne, sœur de l'empereur Joseph II. - « ... La situation du coteau 
de Laeken lui plut {à Christine) ; lair pur qu'on y respire, la proximité 
du canal, tout l'enchanta. Cette princesse prit la résolution d'y faire 
élever un palais... M. Monloyer, architecte de la cour, donna un plan 
qut fut adopté; il en dirigea l'exécution. Les travaux commencèrent 
en 1784... Des jardins d'un goût exquis semblaient être créés par les 
mains des fées; ce qui en augmentait encore le charme, c'est qu'ils 
étaient ouverts à tout le monde... » Bruxelles, le palais de Laeken 
et Tervueren, par un vieux Belge, p. 106. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



111 



profiterez du voisinage de la forêt pour bien vous promener, 
et que tout ce mouvement vous fera du bien et vous 
distraira. 

« Je voulais, suivant l'usage antique et solennel, vous 
envoyer aujourd'hui un dessin de ma façon, un des seuls 
que j'aie faits depuis que je suis en Belgique, mais il n'a pu 
être terminé. Je suis donc obligée, de me présenter les mains 
vides. Mais vous savez en revanche si mon cœur est plein. 

« Je vous embrasse, bien cher Père, d'un cœur tout à 

vous. 

« Louise * 

(L'original appartient à la riche collection d'autographes deM.Y'eydt, 
ancien ministre des finances.) 

M. F. -A. Perthes, éditeur de la traduction allemande 
de notre ouvrage sur le roi Le'opold I er , l'a enrichie de 
deux lettres fort importantes. On nous saura gré d'en 
donner ici une version française. Adressées aux princes 
Ernest et Albert de Saxe-Cobourg à l'occasion de leur 
confirmation, ces lettres nous montrent le roi Léopold 
sous un jour nouveau : elles attestent l'élévation de son 
esprit et la noblesse de ses sentiments religieux et 
philosophiques. 

« Oslende, le 11 aoûU835. 

« Mon cher Ernest, 
« Il ne m'a pas été possible de répondre plus tôt à ton 
aimable lettre, mais, comme vous autres jeunes gens n'avez 
guère été plus prompts à m'écrire après votre confirmation, 
je juge à propos de ne point me faire des scrupules de 
conscience. 






' 

































112 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

« J'ai appris avec autant d'intérêt que de joie que l'acte 
important, qui a mis fin à votre enfance, s'est si bien passé 
et que vous vous êtes bravement comportés dans une cir- 
constance bien faite pour remuer profondément le cœur d'un 
bon jeune homme. Quoique je vous aie peu vu dans ces 
dernières années, je vous ai cependant gardé une affection 
paternelle, et je désire contribuer pour autant qu'il est en 
moi et de toute manière à votre bonheur. 

« Il m'est agréable de savoir que tu as reçu l'éducation 
du foyer domestique. Peut-être pourrait-on reprocher à cette 
éducation-là de rendre moins familier avec les choses de la 
vie, mais, par contre, on doit avouer qu'elle entrelient dans 
l'esprit et dans le cœur la bonté et la sensibilité, ce que je 
tiens pour être une grande bénédiction. 

« Tu es assez grand à cette heure pour te former au train 
de ce monde tout en poursuivant les études. La sphère 
d'action que l'avenir le réserve est belle. Elle a sur bien 
d'autres l'avantage de renfermer moins d'épines et moins de 
soucis, et d'être toujours assez vaste pour pouvoir faire beau- 
coup de bien. 

« La vie qui doit le paraître interminablement longue, à 
toi qui es pour ainsi dire encore arrêté sur son seuil, ne 
l'est point en réalité. Le temps s'enfuit avec rapidité, et il 
est souvent malaisé de regagner ce qu'on a négligé de faire. 
Le but le plus relevé de la vie consiste à répandre le bien le 
plus qu'on peut et à l'asseoir le plus solidement possible. 

• Le christianisme bien compris exige que, à toute heure 
et à toute minute de la vie, on agisse sur la destinée des 
autres, sans ostentation, avec bonté et humilité envers Dieu 
et les hommes. En un mot, un chrétien est celui-là seulement 
qui met en pratique constante les préceptes de la belle et 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 113 

douce religion. Savoir remplir ce devoir clins toute son 
étendue est chose très-difficile quand on considère la faiblesse 
de la nature humaine. Toutefois beaucoup se peut faire et 
doit être fait. 

« Que ceci, ô mon fils, te demeure devant les yeux. 
Avant toute chose, sois rigoureusement juste envers chacun, 
quel qu'il soit. Le chrétien doit même faire plus : être porté 
à la clémence et, avant que d'agir contre son prochain ou de 
le juger, examiner avec soin si un reste d'indulgence ne 
serait point de saison. 

>■ Deux choses sont d'une importance majeure pour 
l'homme appelé à jouer un rôle public. Il faut qu'il soit 
sincère et très-loyal. En ayant ceci constamment présent à la 
mémoire, on s'épargne bien des chagrins et des soucis, et, 
chose importante, l'on s'assure du respect des autres. 

« L'instruction est assez répandue de nos jours, et, dans 
ces conditions-là, il faudrait de grands efforts pour se dis- 
tinguer des autres hommes par la profondeur ou la diversité 
de ses connaissances; cependant les caractères vraiment 
droits et vrais qui, dans toutes les circonstances, restent 
semblables à eux-mêmes , et sur lesquels il y a quelque 
fondement à faire, sont, par malheur, encore très-rares, à 
les voir de près. Il s'en suit que l'homme qui est bon, droit 
et vrai arrive par ces qualités à une position dont la fer- 
meté lui donne un grand relief parmi ses concitoyens, et, en 
même temps, dans les combats incessants de la vie, à celte paix 
de l'âme qu'il aurait peine à trouver ailleurs et sans laquelle, 
même au milieu des plus grands succès, il ne pourrait que 
se sentir misérable. 

« En ta qualité d'aîné, garde-toi de l'égoïsme. Il est d" 
l'intérêt de beaucoup de gens de développer chez un jeune 

8 



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114 NOTES HISTORIQUES ET BIOGIÏAI'HIQU. S. 

prince ce vice des plus fâcheux, afin d'en tirer plus tnrd un 
ample profit. 

« Le . moi » est dans l'homme assez disposé à se donner 
libre carrière. Ne permets point que chez toi il prenne le 
dessus. 

« Personne ne sert un égoïste avec abnégation. L'égoïste 
se prépare en outre bien des chagrins ; les douloureux frois- 
sements ne lui sont pas épargnés, car le « moi, » quand, 
de prime abord il a été mal dirigé, est d'une sensibilité 
extrême. 

« Je ne veux point exagérer pour cette fois la dose de mes 
préceptes. Je le prie toutefois de me faire tes observations 
sur ce que je viens de te dire. Je tiens beaucoup à les 
connaître. 

» J'espère te voir poursuivre encore maintenant de fortes 
études. A ton âge on apprend avec le plus de profit, par la 
raison qu'alors on saisit plus facilement. L'étude des langues 
devrait être convenablement poursuivie. Leur connaissance 
est utile par elle-même, elle a ensuite ce bon côté d'élargir 
le cercle des idées. Écris-moi de temps à autre, cela te sera 
profitable, et m'offrira l'occasion de te donner bien des 
enseignements. 

« Peu d'hommes ont passé par tant et d'aussi douloureuses 
épreuves que moi, et bien volontiers je veux te faire part de 
mon expérience. 

« Ma lettre est si longue qu'il est grand temps de te dire 
adieu. Salue de ma part le conseiller Florschûtz, et crois- 
moi toujours, mon cher Ernest, 

« Ton oncle dévoué et ton ami, 
« Léopold. » 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



Ile 



«Ostende, le 11 août 1835. 



« Mon cher Albert, 



« J'ai lu avec grand plaisir ta gentille et cordiale lettre. 
J'ai appris de différents côtés que vous vous étiez parfaite- 
ment comportés à l'occasion de votre confirmation, et je désire 
et espère que cet acte d'une sérieuse importance laisse dans 
vos cœurs une impression durable et vous demeure un souve- 
nir utile et bienfaisant. 

« Comme j'ai écrit à ton frère, en sa qualité d'aîné, une 
quantité de réflexions qui m'ont paru convenir aux circon- 
stances présentes, je te renvoie à lui afin de n'avoir point à 
me répéter. Une part de ce que j'ai dit, disons tout, s'applique 
aussi bien à toi, mon cher Albert, qu'à ton frère. 

« Votre voyage a dû être des plus agréables. On peut 
même aller jusqu'à dire qu'il a été excessivement intéressant, 
car il convient qu'à votre âge on juge les choses avec cette 
fraîcheur de sentiment et cette bienveillance. L'expérience 
vient toujours assez tôt pour effacer les teintes couleur de 
rose. 

« Il vous serait utile d'être enlevés pendant quelque temps 
à vos relations habituelles ; on en arrive sans cela à s'exa- 
gérer la valeur de certaines choses ou à ne point les appré- 
cier suffisamment. C'est l'effet naturel d'un horizon borné et 
toujours le même. Le plus sage serait de vous envoyer pour 
un certain temps auprès de moi. On pourrait pousser alors la 
pratique du français et de l'anglais. 

« Jeté dis maintenant adieu. 

« Tu m'as toujours témoigné — et déjà comme tout petit 
enfant — beaucoup d'affection. Conserve-moi ces senti- 












■HHI 



116 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

ments et sois convaincu que j'y réponds de tout cœur et 
qu'en toute circonstance je t'en donnerai des preuves. 

« Ton once dévoué, 
» Léopold. 

« Mon cher Albert, ne néglige point de m'écrire de 
temps en temps. » 



II 

LA DÉMISSION D'UN MINISTRE. 

1836. 

M. Antoine Ernst, professeur de droit à l'univer- 
sité' de Liège et membre de la Chambre des repré- 
sentants, avait été nomme' ministre de la justice 
le 4 août 1834, dans le cabinet où M. de Muelenaere 
tenait le portefeuille des affaires étrangères, et M. de 
Theux celui de l'intérieur. Lorsque, par l'entremise de 
M. de Muelenaere, le roi voulut conférer le titre de 
ministre d'État à MM. Meeus et Coghen, l'un gouver- 
neur de la Société Générale, et l'autre, directeur au 
même établissement ('), M. Ernst se joignit à M. de 
Theux et à M. d'Huart, ministre des finances, pour 

(') Voir noire ouvrage : le Comte de Muelenaere, pp. 55 et suiv. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



117 



s'opposer à cette mesure. Telle fut l'occasion de la 
correspondance qu'on va lire : elle fait honneur à 
M. Ernst, dont elle rehausse singulièrement le caractère ; 
mais elle prouve aussi que le roi Léopold, qui n'e'tait 
pas toujours maître de sa première impression et de 
son premier mouvement, savait reconnaître ses torts. 

« Bruxelles, le 1G novembre 1836, au soir. 

« Sire, 

«La résolution prise par Votre Majesté de conférer le titre 
de ministre d'État à MM. Meeus et Coglicn m'impose le 
devoir de vous prier d'agréer ma démission des fonctions de 
ministre de la justice, parce que j'ai la conviction, Sire, 
comme mes collègues de l'intérieur et des finances, que 
cette mesure est contraire aux intérêts du pays. 

« Je suis avec le plus profond respect, 

« Sire, etc. 

« A.-W.-J. Ernst. » 



« Laeken, le 18 novembre 1836. 

» Vous avez cru devoir prendre l'initiative dans une affaire 
qui concernait des nominations qui n'étaient pas de votre 
département. Comme vous m'avez offert votre démission, il 
devient nécessaire que je sache si, comme les nominations 
auxquelles vous êtes opposé n'ont pas eu lieu, vous per- 
sistez dans votre désir de résigner les fonctions que je vous 
ai confiées. 



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; 










118 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

« Comme celte démarche a été presque immédiatement 
connue du public et que le peu de temps que vous avez 
occupé la position de ministre peut vous faire comprendre 
la haute inconvenance d'une pareille conduite, je vous 
invite à me faire une explication claire et nette, pour que je 
puisse juger de la confiance que je pourrais, après de 
pareilles circonstances, vous accorder. 

« Léopold. • 






Sire, 



« Bruxelles, 19 novembre 1836. 



« Votre Majesté se trompe sur les faits et méconnaît 
mon caractère. 

« Je n'ai pas pris l'initiative sur la ligne de conduite que 
la majorité du ministère a suivie à cause de la résolution 
arrêtée par Votre Majesté de nommer MM. Co^hen et Meeus 
ministres d'État. 

« M. le ministre de l'intérieur, ayant convoqué tous 
les ministres en conseil pour délibérer sur cet objet, ce 
collègue a annoncé que le Roi était décidé à faire celte 
nomination et a exposé, ainsi que M. le ministre des finances, 
les motifs graves qui paraissaient s'opposer à cette mesure; 
j'ai partagé leur opinion et j'ai pensé comme eux, qu'il 
était de mon devoir de prier Votre Majesté d'agréer ma 
démission. 

« Je n'ai fait connaître nia démarche à personne, je le 
déclare sur l'honneur; je n'en ai parlé que lorsque la 
chose était déjà ébruitée par les journaux. 

• Sire, en cette circonstance comme en toute autre, j'ai 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 119 

rempli mon devoir et respecté toutes les convenances; je 
n'ai donné à personne, pas même au Roi, le droit de me 
faire des reproches. 

« Il n'y a pas longtemps, il est vrai, Sire, que j'ai l'hon- 
neur d'être ministre du Roi : je n'ai jamais recherché ce 
poste, je le quitterai sans regret, avec la confiance d'avoir 
toujours été fidèle à mes obligations envers le Roi et la 
patrie ; mais je n'avais pas attendu d'être élevé aux premières 
fonctions du Gouvernement, pour savoir ce que je me devais 
à moi-même : je le répète encore, Sire, Votre Majesté ne 
me connaît pas, un jour viendra qu'elle me rendra justice. 

« Comme je n'ai reçu la lettre de Votre Majesté que ce 
malin, je n'ai pas pu répondre plus tôt; je suis avec le plus 
profond respect, 

« Sire, etc. » 

M. Ernst resta ministre de la justice jusqu'au 5 fé- 
vrier 1839, date à laquelle il se retira volontairement 
par suite de son opposition à l'adoption du traité des 
vingt-quatre articles. Il occupa une chaire de droit à 
l'université' de Louvain jusqu'à sa mort (1844). 



111 



1840. 



Au mois de février 1808, on discutait à la Chambre 
des représentants un projet de loi sur l'organisation 









120 NOTK8 HISTORIQUES ]JT BIOGIÎAPHIQUFS. 

militaire. Il fut question incidemment de l'attitude du 
gouvernement français à l'égard de la Belgique en 1840, 
quand les complications de la question d'Orient mena- 
çaient l'Europe d'une guerre générale. Des orateurs 
prétendaient que le cabinet du I er mars, présidé par 
M. Thiers, fit avertir le roi Léopold que, si la Belgique 
n'était pas en état de défendre sérieusement sa neutra- 
lité, la France se verrait obligée de faire occuper notre 
territoire. D'autres contestèrent cette assertion. On nous 
fit alors l'honneur d'invoquer au Parlement les rensei- 
gnements contenus dans les ouvrages que nous avons • 
consacrés à la mémoire de Joseph Lebeau et à celle du 
comte Le Mon. M. Kervyn de Lettenhove, qui prit une 
grande part à ce débat historique, s'appuyait sur une 
formelle dénégation qui lui avait été adressée par 
M. Thiers. On lira avec intérêt le texte même de la 
lettre de M. Thiers, ainsi que les communications en 
quelque sorte complémentaires du duc d'Aumale et de 
M. Guizof. ('). 

« Paris, 24 janvier 1868. 

« Je me hâte de répondre à la question que vous m'avez 
adressée, ce qui vous prouvera que je ne la trouve pas indis- 
crète et encore moins embarrassante. II est ahsohtmenl faux 
qu'en 1840 le cabinet français ait insinué à la Belgique 
qu'elle devait compléler ses armements si elle ne voulait pas 
que ses provinces fussent immédiatement occupées. Il a 



(') M. Kervyn de Lettenhove nous a autorisé à publier ces docu- 
ments. 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



121 



toujours été entendu que. la Belgique devait garantir sa neu- 
tralité, et que, si elle la laissait violer par les uns, elle s'expo- 
serait à la voir violer par les autres. Mais jamais en 1840 la 
France n'eut l'occasion de rappeler à la Belgique ce principe 
du droit européen, les événements n'ayant point acquis la 
gravité qui aurait pu motiver une semblable explication. 
Aucune parole de ce genre ne fui dite, ni surtout aucune 
parole menaçante. 

« Voilà, Monsieur, l'exacte vérité que j'affirme avec certi- 
tude, car ma mémoire ne me trompe point. 

« Agréez, etc. 

» A. Thiers. » 



« Oileans-House-Twickenliam, 14 février 1808. 

« ... Je crois que le caractère connu de mon père et 1 his- 
toire de tout son règne répondent suffisamment a l'allégation 
dont on s'est, dites-vous, ému en Belgique. Je ne vois 
d'ailleurs rien à ajouter au démenti formel par lequel 
M. Thiers a repoussé des assertions dénuées de tout 

fondement » 

« II. d'Orléans, duc d'Aumale. » 



« Paris, 16 février 1868. 
(Extrait.) 

< En m'appclant à la direction des affaires étran- 
gères, le Roi m'informa avec détail de tout ce qui s'était 




■NPBK 












1 22 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

passé, à cet égard, entre lui et le cabinet précédent. La 
Belgique eut naturellement sa place dans cette espèce de 
compte rendu de la politique récente. Il n'y fut question que 
de l'importance attachée au maintien de l'indépendance et de 
la neutralité de la Belgique, et de la ferme résolution du 
gouvernement français de lui venir en aide, dans cet intérêt, 
quand elle en aurait besoin et en manifesterait le désir. Le 
cabinet du 29 octobre 1840 n'a jamais eu, pour son compte, 
aucune autre pensée, et j'ai tout lieu de croire que la pensée 
des cabinets précédenls n'a jamais été autre. 

« Guizot. « 

Aux documents qui précèdent nous croyons pouvoir 
ajouter les pièces suivantes qui jettent une lueur très- 
vive et même sinistre sur les dangers dont la paix 
européenne était menacée en 1840. 

Lettre de lord Houden à M. Thiers. 

« Paris, 16 novembre 1868. 
« Mon cher Monsieur Thiers, 

« Dans un discours prononcé tout récemment par sir 
Henry Bulwer il est dit : 

« Dans l'année -1840, j'étais accrédité comme ministre 
« auprès du roi Louis-Philippe. Les affaires touchaient à une 
« crise, à la suite de certaines graves complications en Orient. 
« 11 avait été même question dans le conseil des ministres de 
« nous attaquer dans la Manche, sans déclaration de guerre. » 

« Oserais-je vous demander si cela est vrai? Occupé d'un 
ouvrage où je parle incidemment de cette époque, d'après 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



123 



mes propres souvenirs, vous comprendrez mon désir de ne 
pas me tromper, et vous me le pardonnerez. 

« Veuillez agréer, mon cher monsieur Thiers, l'expression 
de tous mes sentiments aussi vrais que distingués. 

« Howden. » 



Lettre de M. A. Thiers au lieutenant général Howden. 

a Paris, 17 novembre 1808. 
« Mon cher lord Howden , 

« 11 est absolument inexact qu'à l'époque rappelée 
dans votre lettre nous ayons songé à brusquement attaquer 
l'Angleterre, sans déclaration de guerre. Lord Granville, 
qui était aussi véridique que bien informé, se serait bien 
gardé d'écrire de semblables choses à son gouvernement, 
parce qu'elles sont radicalement fausses. Le ministère du 
1" mars, déplorant un conflit, dont, au surplus, il n'était 
pas l'auteur, s'efforçait de le terminer par des négociations, 
el c'est pour les appuyer qu'il avait fait des armements qui, 
bien qu'insuffisants pour une grande guerre, ne furent cepen- 
dant pas inutiles, car la conférence de Londres, après avoir 
d'abord déposé le vice-roi, lui rendit ensuite, par considéra- 
lion pour la France, l'Egypte héréditairement constituée. 
Telle est la rigoureuse vérité, que vous confirmeront tous 
les membres encore vivants du cabinet du I er mars. 

« Recevez, mon cher lord Howden, l'assurance renouvelée 
de mon ancien attachement et de ma haute estime. 






« A. Thiers. » 



J24 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

Le Times publia la lettre suivante de sir Henri Bulwer en 
réponse à celles de M. Thiers et de lord Howden : 

Lettre de M. Henri Lytton Bulwer à l'éditeur du Times. 

« Londres, 23 novembre 1868. 

« Je viens de lire dans vos colonnes une lettre écrite par 
lord Howden à M. Thiers, relativement à une phrase que j'ai 
prononcée dans mon discours à Tamworlh. J'ai lu également 
la réponse qu'y a faite M. Thiers. 

« Certes, il me paraît singulier que lord Howden ail pu, 
au lieu de s'adresser à moi tout d'abord , demander des 
explications à un homme d'État étranger qui, à l'époque 
signalée, dirigeait la politique opposée à celle du gouverne- 
ment de la Reine, et qu'on ne devait pas s'attendre à voir 
mettre au jour les secrets du cabinet dont il était président, 
s'ils devaient être interprétés autrement qu'en sa faveur. 

« Qu'il me soit toutefois permis de remarquer que je n'ai 
jamais accusé M. Thiers de vouloir attaquer l'Angleterre sans 
une déclaration de guerre, comme pourrait le supposer qui- 
conque a lu sa réponse à lord Howden. Ce que j'ai dit, et ce 
que j'ai lieu de croire exact, c'est que la question de nous 
attaquer de la sorte a été posée ou agitée dans le cabinet de 
M. Thiers par un ou plusieurs de ses membres, ceux-là pré- 
tendant que le traité que nous avions fait à l'insu de la France, 
pour restreindre la puissance de Méhémet-Ali, justifiait toute 
espèce de représailles de la part de celle-ci. 

« Mais, que mes renseignements sur ce point fussent 
exacts, comme je le pense, ou qu'ils ne le fussent pas, 
toujours est-il que, ni alors, ni maintenant, je n'ai pas attaché 
à cette affaire une grande importance, pas plus que je n'ai 



NOTES HISTORIQUES KT BIOGRAPHIQUES. 



125 



basé sur ce fait une accusation contre M. Thiers. Je n'ai fait 
autre chose que de le mentionner dans une récente occasion, 
comme ayant une connexitéavccle fait principal dont je m'oc- 
cupais, à savoir l'état menaçant des relations entre la France 
et l'Angleterre en 1840. 

>• Ceci est la chose à laquelle j'attache de l'importance 
et qui se trouve pleinement confirmée dans la lettre de 
M. Thiers. 

« Quant à ce que dit M. Thiers de mes communications au 
ministre des affaires étrangères de la Reine, à cette époque, 
elles n'étaient pas, je l'avoue, écrites en vue d'être agréable 
à M. Thiers, qui était alors sur le point de perdre sa haute 
position, en excitant, injustement et imprudemment, selon 
moi, l'hostilité du peuple français contre mon pays, et en 
essayant, de son propre aveu, de nous intimider par des 
armements formidables. 

« Il parait, en effet, que mes rapports sur tout cela ne lui 
étaient pas agréables. Cela peut être naturel et m'est parfai- 
tement indifférent. Je dois pourtant ajouter que, autant que 
je puisse le croire, je n'ai jamais manqué de rendre justice à 
ses talents et à son patriotisme. 

« Mais, en tout cas, les dépêches que j'ai écrites en .ce 
temps-là ont été communiquées au Parlement, et le public a 
pu former son opinion à leur sujet. Si elles n'ont pas été 
approuvées par le gouvernement de M. Thiers, elles l'ont été 
par mon gouvernement, et cette approbation me suffit. 

« Henry Lytton Bulwer. » 



■ 






126 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



IV 



M. LE COMTE CH. DE MARNIX ET M. OLOZAGA. 



Le comte de Murnix au général Goblet. 

« Madrid, le 5 décembre 1843. 

« M. Olozaga, pour obtenir du Gouvernement qu'il 
empêche la droite et le centre du Congrès de formuler son 
accusation, le menace d'une opposition à toute outrance; 
il veut, dit il, reconstituer l'ancien parti progressiste 
de 1840, au moyen duquel il fera une nouvelle révolution 
dans laquelle les modérés succomberont et avec eux la 
Reine. 

« Il n'y aura, ajoute-t-il, que deux choses possibles : la 
république ou don Carlos. 

« Il tendra la main à l'Angleterre en faisant à M. Bulwer 
une position plus belle que celle de M. Aston sous le régime 
d'Espartero : il prouvera par des lettres en sa possession qu'il 
y a eu une intrigue montée contre lui au château et qu'il a 
été. accusé injustement; que la violence n'a pas été exercée 
contre la reine par lui, mais qu'il y a eu coaclion de la part 
d'une odieuse camarilla envers Sa Majesté et que c'est celle 
camarilla qui a placé dans la bouche de la reine les imputa- 
tions dont il est l'objet. Le Gouvernement a répondu qu'il ne 
prenait pas l'initiative pour l'accusation, mais que, dans 
l'état actuel des choses, il ne ferait rien pour empêcher le 
Congrès d'agir contre M. Olozaga ; qu'il ne craignait poinl 
les menaces de celui-ci, décidé qu'il était à défendre 
l'ordre et le trône jusqu'à toute extrémité 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



127 



Le même au même. 



« Madrid, 51 décembre 1843. 



« Le journal modéré ellleraldo rapporte dans son numéro 
d'aujourd'hui que M. Olozaga a montré à Lisbonne un passe- 
port qui lui a été délivré par la légation de Belgique, à 
Madrid. Je puis vous donner l'assurance que les assertions 
de l'Heraldo ne me nuisent aucunement auprès du gou- 
vernement espagnol. M. Gonzalez Bravo (') s'est expliqué 
à ce sujet vis-à-vis de personnes en qui j'ai toute confiance. 

« Ceci ne vous étonnera pas quand vous saurez que ce 
ministre me disait, lui-même, après l'événement du 28, 
que son désir était que M. Olozaga prît la fuite. 

« Pour le premier moment, je ne me propose pas d'avouer 
la délivrance du passe-port à M. Olozaga; celui-ci en effet 
peut l'avoir acheté, cela arrive fréquemment en Espagne. Je 
dirai tout et franchement à M. Gonzalez Bravo, comme je 
l'ai dit au duc de Glucksberg qui s'est empressé de me faire 
connaître l'opinion du ministère lorsqu'il l'a sue. 

« J'ai fait pour M. Olozaga très-peu de chose comparati- 
vement à ce que j'ai fait pour le général de la Coucha, que 
j'ai eu chez moi six semaines lorsqu'il fut condamné à mort 
avec le général Léon » 




(') Cet homme d'État vient de mourir (septembre 1871). 



_ 



■ 



«* \«* 



128 X0TE3 HISTOBiqOBS ET BIOGRAPHIQUES. 

En 1844, le duc de Monlpensier ayant reçu le grand 
cordon de Tordre de Le'opold, M. Antoine de Latour, 
secrétaire des commandements de Son Altesse, écrivit 
au ministre des affaires étrangères (Palais des Tuile- 
ries, 27 décembre) : 

M S r le duc de Montpensier est à peine entré dans 

la carrière; mais si belle que l'avenir la lui fasse, il regret- 
tera toujours que son extrême jeunesse ne lui ait pas permis 
de se joindre à ses frères pour servir, comme eux, sous les 
murs d'Anvers, l'indépendance de la Belgique. ...» 



V 

EXPÉDITION DU MEXIQUE. 
M. Sanford à M. Sewart. 



« Drussels, september 50 1867. 



« Sir, 



« I hâve tlie lionour to aknowledgc the rpceipt of the 
last issue by the deparlment of correspondencc relaling to 
Mexico in response to the call of Congress. There is still 
great interest fell hère in ail that bears upon the subject of 
the origin, progress and failurc of the altempt to crcate an 
empire in that republic, and documents are daily coming to 
liglit, and are eagerly read by the public, calculated to keep 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



129 



up thaï interest in removing tlic veil from tlie secret history 
ofthatill — starred enterprise. 

« It will not be out of place at this time to correct a 
popular error which ascribes to tlie late king Leopold I the 
part of a promoter or instigator of tlie so called Mexican 
empire. I bave good reason to believe that the contrary is 
the fact, and I may say furlher, and upon high authority, 
lhat from the moment of the offer of the impérial crown to 
the archduke Maximilian the king determined to exerce no 
influence upon him or lus daughter in that connection. 

« When the first overtures wcre made even, his Majesty 
said in familial* conversation that lie did not believe tbey 
would favorably enlertaiu them; and later, when Maximilian 
and the archduchess had the proposition under considération, 
the Ring repeated again and again that is firm resolution was 
to leave them to act enlirely in accordance with their own 
inclinations, and toabstain from any counsel in eilher sensé. 

<■ I deem it due to tlie memory of a great and good man, 
to whose enlightened and friendly interest in the Uniled 
States the archives of this légation bear fréquent (estimony, 
to make this statement of record hère, although the facts, 
communicated long since in a more informai manner, are 
not new to you. 

« That the King in his paternal solicitude, after the 
détermination of his children to underlake this perilous 
adventurc, favored the récognition of the « empire « and 
the formation of a Belgian légion of volunleers, who should 
serve as a protection for bis daughter, is not to be gainsaid ; 
but that lie was directly or indirectly responsible for the 
sheme of a Mexican empire cannot with truth be ascribed to 
hiin in history. 

9 






S% 



130 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

« I have llie honour to be, wilh great respect, your most 
obcdient servant. 

« H. S. Sanford. » 



(Paperê relating to foreign affairs, accompanying the 
cnnual message of the Président (Washington, 1868), 
p. 042, part. I. 






NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



131 



Depuis que nous avons retrace' la carrière du comte 
Le Hon et celle du baron de Gerlache, l'un et l'autre 
ont cesse' d'exister : 1 eminent diplomate est mort à 
Paris, le 30 avril 1868, et le vénérable ancien prési- 
dent du Congrès national s'est éteint à Ixelles, le 
10 février 1871. 

Quelques mois auparavant, le 16 août 1869, par une 
souscription spontanée et générale, une statue était 
érigée à la mémoire de Joseph Lebeau à Huy, dans la 
ville où il avait vu le jour et où il avait voulu finir sa 
carrière. Ce fut un émouvant spectacle que l'inaugu- 
ration de ce monument. M. Ch. Rogier parla au nom 
des anciens membres du Congrès, et rappela, avec une 
noble simplicité, les glorieux services de son ancien 
collègue. « A l'époque où Lebeau se retira de la vie 
active, dit-il, nous comptions avec celui que nou ; 
sommes fiers d'appeler notre ami quarante années de 
relations amicales et de vie commune dans la presse, 
dans les assemblées publiques, dans les conseils de la 
couronne. » Jamais les paroles émues et vraies de 
l'ancien membre du gouvernement provisoire ne s'effa- 
ceront de la mémoire de ceux qui étaient présents à cet 
imposant spectacle. « 11 suffisait à Lebeau, dit-il en 




^, 



■m\fc 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

terminant, q„ e ses principes fussent représentés au 
pouvoir pour qu'il soutint avec un complet dévouement 
ceux de ses amis ou de ses anciens collègues qui étaient 
chargés de les faire prévaloir. Ce sentiment de rivalité 
secrète, ce je ne sais quel déplaisir, contre lesquels les 
esprits les mieux faits ne sont pas toujours en garde, 
jamais, je me plais à le proclamer bien haut, de telles 
faiblesses ne se tirent jour ni dans ses discours, ni dans 
ses écrits, ni dans ses actes. Jamais on ne l'a vu céder 
aux entraînements de ces animosités qui, en d'autres 
temps et en d'autres pays, ont divisé les chefs de parti, 
et par suite les partis eux-mêmes, au grand préjudice 
des intérêts vitaux de la nation et de la marche de 
l'administration. En un mot, Lebeau fut dévoué par- 
dessus tout à son pays et à ses convictions, et le pouvoir 
ne fut jamais pour lui une vaine satisfaction donnée à 
une ambition vulgaire. Pour ceux à qui il a été donné 
de le connaître d'une manière intime, il faut achever de 
le peindre par un dernier trait qui tient plus particu- 
lièrement à la vie privée. Sous les apparences parfois 
d'une certaine âpreté dans le langage et dans les formes, 
Lebeau possédait un cœur bon et affectueux, un esprit 
aimable et conciliant, et ainsi, avec ce qui eût pu sem- 
bler une sorte de prétention à la finesse et à la réserve, 
il était d'une naïveté charmante et s'abandonnait volon- 
tiers à l'entraînement des illusions. Tel fut Lebeau 
dans l'ensemble de sa vie. Tout ce qui reste encore 
debout de la forte génération de 1830 proclamera, à 
n'en pas douter, que, en "parlant comme je viens de' le 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES 133 

faire, je n'ai dit que la vérité ; et la ge'ne'ration nouvelle, 
s'associant aux sentiments des contemporains du grand 
patriote, se souviendra que, dans cette vie toute d'inté- 
grité, de travail et de dévouement désintéressé à la 
chose publique, il y a un noble exemple à suivre et de 
grandes leçons à méditer. » 

M. P. Devaux, également présent, resta silencieux ; 
mais deux jours après il retraçait éloquemment ses 
impressions dans une lettre dont on relira avec intérêt 
l'extrait suivant : 

« .... La révolution belge, Lcbeau ne l'a pas faite. Cet 
honneur et cette responsabilité appartiennent à d'autres. 
Mais il l'a complétée, il l'a préservée des écueils où ont 
échoué tant d'autres tentatives du même genre. Pur la clef 
de voûte de la royauté, il a affermi tout l'ensemble du nouvel 
édifice. 

« Sans doute, il n'a agi qu'avec le concours du Congrès; 
cette royauté, il eût été impuissant à la constituer, si, dans 
cette assemblée, les conseils d'une sage prévoyance, n'avaient 
prévalu. Mais c'est sous l'influence de son initiative, de son 
active et énergique impulsion, sous l'ascendant de sa parole, 
que ces conseils sages et prévoyants l'ont emporté. La gloire 
lui en revient, comme celle d'une grande victoire appartient 
au général en chef qui a su faire concourir ses subordonnés 
et ses auxiliaires au succès de son plan de bataille. 

« Pour mieux apprécier ce que la Belgique doit à Lebeau, 
on peut se demander si, à son défaut, d'autres eussent assumé 
et accompli la mission qu'il s'était imposée. Plus d'une fois 
je me suis fait celte question. Plus d'une fois, depuis 1831, 
je me suis demandé ce qui serait arrivé, si, par quelque 





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134 NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 

fatalité, Lebeau avait été enlevé à la Belgique dans les pre- 
miers mois de cette année, à la veille de son entrée au 
pouvoir. 

« Pour parvenir à la constitution définitive de la Belgique 
indépendante, un autre moyen que l'élection du prince de 
Saxc-Cobourg était-il praticable dans ce moment? Je ne le 
crois pas. Existait-il dans le Congrès quelqu'un qui se fût 
chargé, dans les circonstances où on se trouvait, de faire 
réussir cette élection et qui eût accompli celte rude lâche? 
Je ne le crois pas davantage. Et, en cela, après m'être bien 
rendu compte de la composition du Congrès et de l'état des 
opinions d'alors, je pense ne rien exagérer et n'être injuste 
envers personne. Non assurément que le Congrès manquât 
d'autres hommes de mérite et de cœur. Mais beaucoup 
d'entre eux étaient nouveaux dans les affaires et auraient cru 
trop présumer de leurs forces en se chargeant d'un tel far- 
deau; plusieurs ont vu grandir depuis une influence qui 
alors était encore en germe; d'autres ne possédaient pas à la 
fois la fermelé de caractère qui leur eût fait accepter la tâche, 
et la vigueur de talent, la confiance dans le succès qui les 
eussent fait réussir. Quelques-uns même avaient décliné ce 
rôle déjà avant l'avènement de Lebeau au ministère ; d'autres 
enfin, et des plus capables, étaient engagés dans une voie 
loute différente, et ne pouvaient se charger de mener à bonne 
fin une solution qui contrariait directement leur manière de 
voir. En un mol, ce que Lebeau a fait, les uns ne l'eussent 
pas pu, les autres ne l'auraient pas voulu. 

« Que serait-il donc arrivé? D'abord, indubitablement, 
de nouveaux et toujours plus dangereux délais. Mais ensuite? 
De pareilles énigmes ne se laissent pas deviner avec certi- 
tude. Les grands événements politiques sont soumis à des 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



135 



influences trop complexes pour que l'esprit puisse ainsi les 
refaire clans des hypothèses imaginées à plaisir. L'indépen- 
dance de la Belgique eût-elle été perdue? Il serait téméraire 
de l'affirmer. Nul ne peut assurer qu'aucune issue imprévue 
ne fût absolument possible à une situation qui semblait n'en 
pas avoir. Mais cette incertitude même n'est-elle pas assez 
grande, n'est-elle pas assez terrible pour que la reconnais- 
sance de la postérité, comme celle de ses contemporains, 
attache à jamais le nom de Lebeau aux faits qui, sous son 
influence, sont venus dominer tout l'avenir de sa patrie? 
Quel est l'homme d'État dont le nom a jamais eu plus de 
droit de rester uni, dans la mémoire de ses concitoyens, à 
un événement de son époque? Et quel événement plus 
considérable dans les annales d'un peuple, plus digne et plus 
sûr de rester à jamais gravé dans sa mémoire que la fonda- 
tion de sa dynastie nationale, que l'affermissement de son 
indépendance reconquise après des siècles de malheurs? Le 
nom de Lebeau est désormais aussi légitimement et aussi 
indissolublement lié à cet événement de notre histoire qu'au 
delà des Alpes le nom de Cavour à l'émancipation de l'Italie, 
qu'en France le nom de Casimir Périer à la monarchie de 
Louis-Philippe, qu'en Angleterre le nom de Pilt aux coali- 
tions de l'Europe contre la France conquérante, qu'en Prusse 
les noms de Stein et de Bismark à deux grands événements 
de l'histoire récente de leur pays; que, pour remonter à des 
temps plus anciens, les noms des deux illustres orateurs 
d'Athènes et de Rome aux derniers efforts de l'indépendance 
hellénique et à l'agonie de la liberté romaine. Non, il n'est 
pas à craindre que, devant la statue de Lebeau, la postérité 
se demande qui il était et ce qu'il a fait. Tant que les Belges 
connaîtront leur histoire, il y a une époque dont désormais 




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136 



NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. 



l'intérêt dominera pour eux celui de toutes les autres ; c'est 
l'époque de la fondation de leur indépendance, de 'leurs 
libertés et de leur dynastie; et c'est de ce point culminant de 
l'histoire de la patrie que ijgr^^ra plus le nom de 
Lebcau. . . » 







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EXTRAIT DU CATALOGUE DE LA LIBRAIRIE EUROPÉENNE 
DE C. IWUQUARDT, HENRY MERZBACH, SUCCESSEUR 
(Bruxelles, Garni et Leipzig.) 

LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 
par Théodore Juste 

Léopold I", roi des Belges, d'après des documenls inédits : 
Première partie (1790-1852), 1 vol. in-8°. 
Deuxième partie (1852-1805), 1 vol. in-8°. 

Surlet de Cltokier, régent de la Belgique, d'après ses papiers 
ctd'autres documents inédits (1709-1859), 1 vol. in-S". 

Le baron de Gerlache , ancien président du Congrès natio- 
nal, etc., 1 vol. in-8°. 

Joseph Lebeau, ministre d'État, d'après des documenls 
inédits (1794-1865), 1 vol. in-8°. 

Sylvain Van de Weyer , ancien membre du gouvernement 
provisoire, ancien ministre plénipotentiaire de Belgique 
à Londres, etc., d'après des documents inédits, 3 v. in-8". 

Le comte Le lion, ministre d'État, ancien ministre plénipo- 
tentiaire de Belgique à Paris, elc, d'après ses correspon- 
dances diplomatiques et d'autres documents inédits ( 1 792- 
185G), 1 vol. in-8°. 

Le lieutenant général comte Goblet d'Alviella, ministre 
d'État, d'après des documents inédits (1790-1809), 1 vol. 
in-8\ 

Le comte de Muelenaere, ministre d'État, d'après des docu- 
ments inédits (1794-1802), 1 vol. in-8°. 

Charles de Brouckere, bourgmestre de Bruxelles, etc. 
(1790-1800), 1 vol. in-8°. 

Notes historiques et biographiques sur les fondateurs de 
l'État belge (1850-1805), d'après des documents inédits, 
1 vol. in-8°. 

CHAQUE VOLUiME SE VEND SÉPARÉMENT. 






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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR : 

Histoire de Belgique, depuis les temps primitifs jusqu'à la 
(in du règne de Lcopold 1 er . 4° édition, 5 vol. gr. in-8°. 

Histoire du Congrès national de Belgique ou de la Fon- 
dation de la monarchie belge, 2' édition, 2 vol. (*). 

Les Frontières de la Belgique, 1 vol. in-12. 

Histoire des états généraux des Pays-Bas (1465-1790) 
2 vol. in-8\ 

Histoire du règne de l'empereur Joseph II et de la Révolution 
belge de 1790, 5 vol. in- 12. 

Souvenirs diplomatiques du XVIIP siècle. Le comte de 
Mercy-Argenteau (1722-1794), 1 vol. in-12. 

Le Soulèvement de la Hollande en 181 3 et la fondation du 
royaume des Pays-Bas, précédés d'une introduction sur 
le règne de Louis Bonaparte (180G-18I7), 1 vol. in-8°. 






XVI" SIÈCLE. 

Les Pays-Bas sous Philippe II (1 555-1 572), 2 vol. grand 
in-8°. [Epuisé.) 

Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination 
espagnole (1572-1576), 2 vol. grand in-8°. 

Charles-Quint et Marguerite d'Autriche. Étude sur la mino- 
rité, l'émancipation et l'avéncment de Charles-Quint à 
l'empire (1477-1521), i vol. in-8°. 

Les Pays-Bas sous Charles-Quint. Vie de Marie deHonqrie 
(1505-1558), 2° édition, 1 vol. in-12 ( s ). 

Le Comte d'Egmont et le comte de Homes (1522-1568), 
d'après des documents authentiques et inédits, 1 vol. in-8". 

Vie de Marnix de Sainte- Aldegonde (1558-1598), tirée des 
papiers d'Etat et d'autres documents inédits, 1 vol. in-8°. 

Christine de Lalaing, princesse d'Épinoy, 1 vol. in-12. 

Charles de Lannoy, vice-roi de Naples, in-8°. 

Conspiration de la noblesse belge contre l'Espagne en 1 632, 
d'après les papiers d'État, \ vol. in-8°. 



(') Traduction allemande Leipzig et Bruxelles, 1850, 1 vol.). 
(*) Traduction hongroise (Pestli, 1866, 1 vol. in-12). 



LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



APPRÉCIATIONS DIVERSES 



JOSEPH Mltltl 

1 vol. in-8". 

« En appliquant son talent bien connu d'historien à rap- 
peler les titres de Lebeau à notre reconnaissance, l'auteur 
n'a pas fait seulement un bon livre, il a fait aussi, ce qui 
n'est pas moins méritoire a nos yeux, acte de bon citoyen. » 
— La Meuse. 

" En se renfermant dans le cadre d'une stricte biogra- 
phie, l'auteur n'a diminué en rien l'importance historique 
de son livre; les papiers manuscrits de M. Lebeau, d'autres 
documents inédits encore, lui ont permis de jeter du jour 
sur bon nombre de faits incomplètement connus jusqu'ici, 
de signaler même plusieurs incidents entièrement nou- 
veaux... « — Écho du Parlement. 

« M. Th. Juste a fait incontestablement une œuvre utile 



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6 






en écrivant la vie de Joseph Lebeau, l'un des principaux 
fondateurs de la monarchie belge... Son livre renferme une 
foule de révélations intéressantes sur les hommes et les 
choses de la révolution et des premières années de la mo- 
narchie constitutionnelle. » - Journal de Bruxelles. 

« Lebeau avait droit à quelque chose de plus qu'une 
simple notice : sa vie résume un chapitre entier de l'his- 
toire d'un peuple, et ce chapitre, on eût pu jusqu'ici diffici- 
lement l'écrire. C'est pour avoir comblé cette lacune que le 
livre de M. Juste a droit à une mention toute particulière et 
qu'il doit prendre place dans toutes nus bibliothèques. . - 
Journal de Liège. 

-• En écrivant la biographie de M. Joseph Lebeau en 
faisant la lumière autour de cette figure obscurcie par la 
passion des uns, oubliée par l'indifférence des autres 
M. Th. Juste a rempli un pieux devoir ■ il a fait une œuvré 
de bon citoyen... Grâce aux nombreux documents inédits 
mis à sa disposition, il a en même temps éclairé d'un jour 
tout nouveau certains événements de notre histoire contem- 
poraine... .. — L'Impartial de Bruges. 

« Quand on songe que c'est sous son ministère que fut 
conclu le traité des dix-huit articles, si avantageux pour la 
Belg,que, si la fortune de la guerre ne lui en eût ravi les 
fruits ; que c'est grâce à ses éloquentes sollicitations que le 
Congrès élut Léopold de Saxe-Cobourg.. , on reconnaît que 
ce sage et intègre homme d'État mérite d'occuper la place 
que M. Juste lui a donnée au premier rang des fondateurs 
de la monarchie belge. - Ce livre se distingue par la 






sobriété et la simplicité ; et les documents inédits qu'il met 
au jour ajoutent beaucoup à son utilité et à son intérêt. » 

— Journal de Gand. 

« On se rappelait à peine parmi nous les noms des 
hommes qui fondèrent un État et préservèrent l'Europe 
d'une guerre générale. Il faut donc savoir gré à M. Th. Juste 
d'avoir consacré ce livre à Joseph Lebeau. Un pareil homme 
était digne d'un travail complet, et cette tâche a été rem- 
plie avec succès par l'auteur. L'ouvrage est d'un haut intérêt 
pour l'histoire contemporaine : c'est à la fois la biographie 
d'un homme et le récit des luttes et du triomphe d'une 
nation. » — The Athenœum. 

« M. Th. Juste pouvait mieux que personne donner une 
biographie fidèle de Joseph Lebeau, par suite des relations 
qu'il avait eues avec cet homme d'État, et de l'étude parti- 
culière qu'il avait faite du drame de 1830-1831 dans son 
Histoire du Congrès national de Belgique. » — Allgemeine 
Zeitung (d'Augsbourg). 

<• Il importe de ne pas oublier les hommes d'État qui, 
avec le roi Léopold, travaillèrent à la fondation et à l'affer- 
missement de l'État belge. Avec raison M. Juste a placé à 
la tête de ceux-ci Joseph Lebeau. » — Europa (de Leipzig). 

« En se servant des souvenirs de M. Lebeau, le bio- 
graphe a donné plus d'importance encore à son œuvre et 
doté l'histoire belge d'un livre d'une haute valeur. » — Lile- 
rarisches CentralMatt. 



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8EBI.ET DE 4 HOKIEB. 

1 vol. in-8". 

<« M. Th. Juste, grâce aux documents inédits qui ont été 
ans à sa disposition, a pu retracer avec une grande exacti- 
tude tous les actes du Régent et les mobiles qui les avaient 
d.ctés. Son livre présente, sur beaucoup de points, l'intérêt 
qu'auraient les mémoires mêmes du personnage dont il 
retrace la vie. >. — Journal de Liège. 

■• M. Th. Juste a écrit l'histoire du Régent et nul mieux 
que lui n'était en position de remplir ce devoir pieux puis- 
qu'un concours de circonstances l'avaient rendu possesseur 
des papiers de Surlet et notamment de sa correspondance 
intime. » — Précurseur. 

<• Le volume que nous annonçons, consacré modestement 
en apparence, au récit d'une seule vie, contient en réalité 
le tableau de toute une période de la révolution qui nous a 
affranchis. De plus, il révèle des faits importants jusqu'ici 
inconnus ou mal appréciés ; il offre, dans tous les sens du 
mot, l'attrait piquant de la nouveauté. » - La Meuse. 

" Tous les Relges qui aiment véritablement leur pays 
liront avec plaisir le livre de M. Th Juste et seront recon- 
naissants envers l'auteur. » — Écho de Liège. 

« M. Juste a eu le talent de faire aimer le caractère et de 
mettre en évidence les incontestables services de l'un des 
fondateurs de la monarchie nationale. >. — Journal de 
Bruxelles. 



9 

« Le nom de Surlet de Chokier, régent de la Belgique 
en 1831, est presque oublié de notre génération ; néanmoins 
le livre de M. Th. Juste, écrit avec conscience, sympathie 
et autorité, est fait pour être lu ailleurs qu'en Belgique. » 
— Bibliothèque universelle et Revue suisse. 

« C'est une attrayante peinture de ce personnage si 
remarquable et si intéressant. » — Heidelbcrghcr Jahrbùcher 
der Literatur. 

• Cette biographie éclaircit bien des points qui étaient 
restés obscurs dans l'histoire de la fondation du nouveau 
royaume de Belgique, et doit être considérée comme un 
document précieux. » — llambunjischen Correspond enten. 

" Un historien belge, connu par de beaux travaux sur 
l'histoire nationale, M. Théodore Juste, publie depuis 
quelque temps sous ce titre : Les Fondateurs de la monar- 
chie belge, une intéressante série de portraits politiques. 
Deux de ces portraits, ceux du régent de Belgique et du 
comte Le Hon, méritent plus particulièrement l'attention 
des lecteurs français. » — L'Avenir national. 



m: COUTE LE IIOI. 

1 vol. in-8". 

« Ministre du Bégent et de Léopold I" près la cour des 
Tuileries, le comte Le Hon fut activement mêlé à toutes les 
négociations diplomatiques qui précédèrent l'élection du 
Boi, l'intervention française de 1831 et de 1832, la recon- 
naissance de la monarchie belge par l'Europe, et, enfin, le 
célèbre traité du 19 avril 1839. C'est là la partie vraiment 
historique du livre de M. Juste, et, nous devons le dire, 



■ 
■ 



10 

cette partie présente un intérêt soutenu et jette un jour 
nouveau sur plusieurs épisodes de notre histoire contempo- 
raine. Outre un grand nombre de dépêches confidentielles 
et jusqu'ici inédites , nous y avons rencontré toute une 
collection de lettres autographes du roi Léopold I". » — 
Journal de Bruxelles. 

« Au point de vue des révélations historiques, le nouveau 
livre de M. Juste est appelé à un grand et légitime succès. » 
— Etoile belge. 

* L'ouvrage consacré au comte Le Hon n'a pas seule- 
ment une haute valeur pour la Belgique, mais il intéresse 
l'Europe entière par les données qu'il fournit sur l'établis- 
sement de la monarchie belge. » - Hislorische Zeitschrifl. 

« C'est une histoire diplomatique, précieuse par les révé- 
lations et les documents inédits qu'elle contient. » — The 
Chronicle. 

CHARLES DR BROCCKEKE. 

i vol. in-8*. 

« C'est un portrait fidèle, quoique rapidement esquissé. 
Nous connaissons peu de biographies d'une lecture plus 
attrayante; mais aussi nous connaissons peu d'existences 
plus laborieuses, plus noblement employées que celle de 
Charles de Brouckere, peu de caractères plus sympathiques, 
malgré ses brusqueries et ses caprices, légers défauts qui 
faisaient d'autant mieux ressortir ses grandes qualités. » — 
Indépendance belge. 

* Peu de carrières ont été aussi remplies que celle de 
Charles de Brouckere... La vie d'un tel homme est un 






]] 

exemple et une leçon ; la notice que nous venons de lire 
nous parait destinée à devenir un livre populaire. » — 
Journal de Liège. 

t Le livre consacré à Charles de Brouckere vaut bien que 
l'on étudie la carrière de cet homme remarquable qui mon- 
tra un talent également éminent dans les positions si diverses 
qu'il occupa successivement. ■> — Schlesische Zeitung (de 
Breslau). 

LE COMTE DE «I II.SVAIlti:. 

i vol. in-8". 

« M. Th. Juste vient de publier le septième volume de 
ses études sur les Fondateurs de la monarchie belge. C'est 
la biographie du comte de Muelenaere, rédigée d'après des 
documents inédits. Ce volume présente, comme les précé- 
dents, un vif intérêt pour tous ceux qui s'occupent de notre 
histoire contemporaine. » — Écho du Parlement. 

« M. Juste a très-habilement tiré parti des papiers inédits 
qui lui ont été communiqués par la famille de M. de Muele- 
naere. Les projets d'union douanière dont il a été question 
entre la France et la Belgique sous la monarchie de juillet, 
et dont l'ancien ministre des affaires étrangères fut l'un des 
plus persévérants adversaires, tiennent une place impor- 
tante dans ce nouvel écrit. » — Indépendance belge. 

« Cette nouvelle page d'histoire est une œuvre utile et 
nationale. Elle jette une précieuse clarté sur les événements 
qui ont entouré la naissance et le développement de notre 
nationalité. Nous devons remercier M. Th. Juste d'avoir 
mis en lumière, avec l'autorité de son talent, tous les 



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12 

détails de la belle et utile carrière du comte de Muelenaere.» 
— Journal de Bruxelles. 

■ M. Th. Juste vient de publier, dans sa galerie des 
Fondateurs de la monarchie belge, la biographie de M. le 
comte de Muelenaere, ministre d'État, ancien ministre, l'un 
des hommes politiques éminents du parti catholique, dont 
on a pu dire avec vérité que son nom vivrait dans la 
mémoire de ses contemporains et passerait à nos descen- 
dants, car ce nom a été mêlé à tous les grands événements 
qui ont consacré notre existence politique, et il figure avec 
éclat dans les plus belles pages de l'histoire de notre régéné- 
ration. » — Étoile belge. 

LE LIEUTENANT GÉNÉRAL COUTE GOBLET D'ALVIELLA. 

1 vol. in-8». 

« M. Théodore Juste, le consciencieux biographe des 
Fondateurs de la monarchie belge, vient de consacrer une 
intéressante notice à la carrière militaire, politique et diplo- 
matique de M. le lieutenant-général Goblet, comte d'Alviella, 
ministre d'Etat. L'auteur a tiré parti d'un grand nombre 
de documents inédits. » — Indépendance belge. 

" ... Ce volume renferme une assez longue série de 
documents inédits, qui jettent un jour nouveau sur les 
nombreuses et graves péripéties qui ont longtemps tenu en 
échec la constitution définitive de la Belgique. ...,. — Journal 
de Bruxelles. 



«... La vie du général Goblet nous présente aussi des 



13 

luttes, des contrastes, des vicissitudes. Soldat fidèle et 
loyal, il semble d'abord hésiter entre un gouvernement qui 
a méconnu ses services, mais qui a reçu son serment, et 
son pays qui fait appel à son dévouement et à son activité; 
rallié comme malgré lui au nouvel ordre de choses, lui- 
même se révèle un homme nouveau. Cet ingénieur, que la 
révolution a trouvé occupé à construire des fortifications, 
se trouve être un habile diplomate, et il va à Londres 
chargé de la mission difficile de contrecarrer Talleyrand et 
de persuader Palmerston. 

« Ces biographies sont écrites du style clair, simple, 
net, qui convient au genre. L'auteur est sobre de réflexions; 
il laisse parler les faits et les personnages eux-mêmes : il 
cite beaucoup. Grâce aux nombreux documents mis à sa 
disposition, lettres et papiers de famille, il a pu mettre dans 
tout son- jour le rôle joué par chacun des hommes dont il 
retrace la vie. Bien des faits restés jusqu'à ce jour dans une 
certaine obscurité, se trouvent ainsi éclaircis.... » — Echo 
du Luxembourg. 



« M. Th. Juste vient d'ajouter à la galerie des Fondateurs 
de la monarchie belge un nouveau portrait qui a droit d'y 
figurer ; c'est celui du lieutenant-général comte Goblet. 

« L'auteur rappelle la belle défense de Saint-Sébastien, 
qui fut pour le lieutenant du génie Goblet un beau titre de 
gloire et qui lui fit obtenir, à 23 ans, la croix de la Légion 
d'honneur ; il rappelle la difficile et délicate négociation 
relative aux forteresses, confiée aux soins du généra 
Goblet, par le roi Léopold 1" et si habilement menée et 
terminée; il expose avec concision, mais avec clarté, les 
motifs de la détermination hardie par laquelle, devenu 






14 

ministre des affaires étrangères, le général mit en demeure 
devant la conférence le cabinet de La Haye de s'expliquer 
sur ses intentions réelles à l'égard du traité du \ 5 novembre, 
et il parcourt les phases successives de la carrière bien 
remplie de l'homme d'État dont il raconte la vie et les actes 
politiques. 

<• M. Juste a pu enrichir sa relation de correspondances 
et autres papiers inédits qui jettent un jour nouveau sur 
les grandes affaires auxquelles M. Goblet a pris part, et 
joignent leur témoignage à celui des pièces authentiques 
sur les services qu'il a rendus au pays. . - Moniteur be,ge. 

«... Ambassadeur à Londres et à Lisbonne dans les 
moments les plus difficiles, ministre des affaires étrangères, 
chargé à plusieurs reprises de missions d'une extrême 
délicatesse, M. Goblet s'est montré en toutes circonstances 
homme de caractère, esprit élevé, digne et loya agen du 
grand diplomate couronné dont il avait la cnnance. . . . . 
— Journal de Liège. 

LEOPOLD 1er, KOI DES IIIIG1K 

2 vol. in-8* ('). 

-• Cette biographie du roi Léopold I« n'est pas un de ces 
panégyriques où l'on célèbre toutes les vertus et tous les 

( ') Leopold I, king of the Belgians, authorized translation by, Robert 
Black, M. A. London, Sampson Low et O, 2 vol. Jn-8'. 

Leopold l, Koning der Belgier, nach ungedruckten quellen, etc 
deutsch von Drj.-j. Balmer-Rinck, (Gotha, F.-A. Pertbes), in-8». 

Leven van Leopold I, eersle koning der Belgen, naer net fransch 
van Th. Juste. (Gent, W. Rogghé), in-8". 









15 

mérites d'un monarque défunt. M. Th. Juste a voulu faire 
œuvre d'historien. Il a rassemblé les documents inédits, il 
est remonté aux sources pour ne rien ignorer de la carrière 
si longue et si remplie du roi Léopold I", et il nous a donné 
un récit riche en faits, où les jugements sont impartiaux, 
où les détails sont intéressants. » — Indépendance belge. 

» 11 eût été difficile de mieux exposer la carrière si bril- 
lante que Léopold a parcourue comme soldat, comme prince 
et comme roi... M. Th. Juste s'est montré, dans son livre, 
historien impartial et calme... C'est l'œuvre austère d'un 
patriote qui comprend sa mission et qui la remplit avec 
conscience, équité et modération. » — Journal de Bruxelles . 

« Personne ne pourra écrire l'histoire de la Belgique 
indépendante, pendant le premier règne, sans puiser large- 
ment dans le livre de M. Th. Juste. » — Journal de Gand. 

« La biographie de Léopold I er présente un résumé com- 
plet, clair et bien divisé, de cette première et glorieuse 
partie de notre histoire nationale. » — Précurseur. 

« Les biographies des Fondateurs seront dans l'avenir le 
commentaire perpétuel le plus fidèle et le plus instructif 
de notre histoire pragmatique... Les meilleures qualités 
de l'historien brillent dans la biographie du fondateur 
de notre dynastie nationale, et quoiqu'il se soit attaché à 
peindre un homme plutôt qu'une époque, son récit et ses 
appréciations se distinguent ici par une ampleur et une 
portée peu communes. » — Journal de Liège. 

« Récemment un historien belge, dont l'impartialité n'est 



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16 

contestée par personne, vient de publier, d'après des docu- 
ments inédite, une très-interessante biographie du roi Léo- 
pold, qui nous permet de saisir l'ensemble de sa carrière ,, 
— Revue des Deux Mondes. 

« Nous avons sous les yeux la deuxième partie de l'inté- 
ressant travail de M. Th. Juste sur le roi Léopold I" Ce 
travail se d.stingue par les qualités qui ont rendu le nom de 
M- Th. Juste populaire en Belgique : sincérité, clarté, sim- 
Pbcité. La dextérité du prince à ménager et à s'attacher 
les puissances voisines, la prudence proverbiale dont il fit 
preuve dans les circonstances critiques où il se trouva en- 
gage à l'intérieur et à l'extérieur, la bienveillante protection 
dont il couvrit toujours ses proches, sa fidélité inaltérable 
dans ses affections, tous ces principaux traits qui consti- 
tuent la figure imposante de Léopold I» surnommé le Nés- 
tor de l Europe, ont été reproduits par M. Juste avec une 
venté et aussi avec une expression dévouée dont le lecteur 
belgelû, saura gré. Ungrand nombre de lettres authentiques 
de dépêches, de pièces diplomatiques, etc., etc., qui ont 
été communiquées a M. Juste et qu'il a reproduites à la fin 
de son volume, donnent une plus-value à son étude. . _ 
Le Nord. 

» Sans tomber dans le ton du panégyrique, l'auteur a su 
avec un chaleureux patriotisme, faire une peinture vivante 
du ro, Léopold I" ; se rendant l'interprète de la gratitude de 
son pays, U a rendu un légitime hommage au prince qui 
sut réaliser ces belles paroles : Tant que je vivrai, je servi- 
rai de bouclier à la Belgique. , - Historisehe Zeitschrift. 

« Quoique l'auteur eût traité plus d'une fois avec succès 









17 

le développement récent de son pays, sa tâche n'était pas 
facile cette fois-ci. D'un côté, il ne devait pas blesser une 
nation qui pleurait encore un prince éminent; de l'autre, 
l'historien avait une trop haute idée de sa mission pour 
accorder des louanges faciles et banales. Les deux extrêmes 
sont évités avec le même tact. Ce qui donne en outre une 
valeur durable à cet ouvrage, c'est l'emploi judicieux et la 
communication de documents restés inconnus. » — Litera- 
risches Centralblatt. 

« L'auteur de tant d'ouvrages remarquables nous donne 
ici, d'après des sources authentiques, un exposé fidèle de la 
vie et des œuvres de Léopold I", le célèbre fondateur de la 
dynastie et de la liberté belges. » — Ôslerreichische mili- 
tarische Zeitschrift. 

Extraits des journaux anglais. 

(■ A readable biography of the wise and good King 
Leopold is certain toberead inEngland. Theinterestof his 
life, unlike that of so many sovereigns, is not merely histo- 
rical. lie acted a greatpart on a noble stage, and his name 
is in a measure associated with ail the stirring events of 
this century. The introduction to this biography of Leopold 
is the most interesting portion of the book. It describes 
the King in his study and in his home, the simplicity of his 
tastes, the energy of his character, his capacity for hard 
work, his love of science and gênerai literature, which 
included a spécial inclination for novel reading, his delight 
in fine scenery , and his passion for exercise. » — Daily 
News. 



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18 

« However frequently the late King o 
designated in his lifetime by the honourable title of the 
■ Nestor of modem politics, » it wat nevér made so clearly 
apparent why he merited that title until this biography was 
written It is indeed delightful to follow M. Juste as he 
traces the eventful career of this eminent personage from 
the time of his being a cadet of the noble family of Saxe- 
Coburg, through his earlier days, when he took a prominent 
part in that eventful war, of the miseries of which the 
présent génération bave very little cognizance or thought, 
during which he saw and conversed with Napoléon I, and 
Alexander of Russia, and attached himself to the one, whilst 
he repudiated the offer of promotion from Iheothér; and 
how afterwards he became the husband of the Princess 
Charlotte, to find, after a few months of happiness not often 
enjoyed by mortal man, ail his prospects blasted by her 
cruel and sudden death ; for we seem to pass through those 
eventful circumstances as in some measure participating in 
them. But it is when M. Juste cornes to record the causes 
of Leopold I, accepting the Crown of Belgium, and of the 
manner in which he raised that little kingdom to a pitch of 
unexpected prosperity and prominence which it never could 
hâve anticipated, that the real value of this biography is 
perceived. Having had the advantage of reading M. Juste's 
biography in the original French, no less than by means of 
Mr. Blaok's remarkably well-made translation, we are able 
to say that a more important contribution to historical 
literature has not for a long while been furnished, or one 
that will more positively demand and receive the claim of 
présent and future standard réputation. » - Bell's Weekly 
Messenger. 



19 

« The author has shown considérable industry in the 
collection of correspondent, and has accomplished histask 
in an enthusiastic spirit. He, moreover, writes agreeably, 
and sometimes even eloquently ; and he is so far impartial 
that he does not hesitate to record opinions adverse to his 
hero. M. Juste's book offers a sufficiently pleasant means 
of refreshing the memory, and of studying the ch'aracter and 
career of a remarkable prince , who knew how to reap 
the full advantage of living in remarkable times. » — Pall 
Mail Gazelle. 



« This translation of the complète memoirs, by Mr. Black, 
is executed, so far as a comparison of various correspond- 
ing passages in the two texts enables us to judge, with 
correctness, yet not without a graceful ease. This end is 
not often attained in translations so nearly verbal as this is : 
the book itself deserves to become popular in England. The 
subject is of interest, and the story is narrated without 
excess ofeitherenthusiasm or dépréciation. » — Athenœum. 

« The interesting memoir of M. Juste gives us fresh 
détails of the various complications and conflicting circum- 
stances which affected the life of this popular sovereign. 
M. Juste is altogether a charming guide and companion. 
Much of the matter which M. Théodore Juste has collected 
is a new to us; and in giving us a thoroughly readable and 
interesting book, he has increased our admiration for a man 
whose name and famé must last, and whose glory will 
increase, as Belgium each year becomes the nearer and 
dearer friend of England. » — The Examiner. 

« Circumscribed as are the limits of Belgium , its royal 



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20 

founder. Leopold I, will ever occupy a foremost place 
among the distinguished worthies of his âge. The rise of 
his fortunes and the development of his plans are the subjects 
of thèse volumes, for which the author has obtained his 
materais from original documents, or from crédible and 
compétent informants. The whole narrative is so perfectly 
in accord with our own observations and the universal tes- 
timony of Europe, that we read it with confidence and 
trust in it with satisfaction » . — Mwning Post. 









SÏXV4I\ VAX DE WEYEK. 

2 vol. in-8\ 

A mesure que l'on s'éloigne du mouvement d'idées qui a 
donné naissance à la nationalité et à la constitution belges, 
il devient plus intéressant et plus utile d'étudier les hommes 
de cette époque à qui notre pays doit une période de pros- 
périté et de développement régulier, presque sans exemple 
sur le continent européen.... 11 faut donc savoir gré à 
M. Théodore Juste de continuer sa galerie des fondateurs 
de notre nationalité, en nous faisant encore connaître l'un des 
plus éminents d'entre eux.... Après Léopold I", c'est à lui 
que la Belgique a dû cette inaltérable amitié de l'Angleterre, 
qui a toujours été notre principale sauvegarde. — M. Juste 
nous fait clairement voir l'œuvre diplomatique accomplie 
par M. Van de Weyer. Il publie à l'appui un grand nombre 
de lettres inédites du roi Léopold, de lord Palmerston et 
d'autres hommes d'État anglais. C'est plus qu'une simple 
biographie, ce sont des matériaux pour l'histoire générale. 
— M. Juste nous peint aussi dans l'éminent diplomate belge 
le bibliophile érudit, le spirituel écrivain, le fameux M. Du 



•21 

Fan, le publiciste clairvoyant et le penseur qui sait donner 
à des réflexions pleines de sens la forme la plus fine, la plus 
juste et parfois la plus piquante. — Un seul fait suffira pour 
faire comprendre l'autorité dont l'envoyé belge jouissait à 
Londres. En 1840, il fut désigné par l'Angleterre et par le 
Portugal pour régler, par une décision arbitrale, les diffé- 
rends qui s'étaient élevés entre les deux pays, marque 
inouïe de confiance qu'on n'a jamais accordée qu'à des 
souverains. —On lira avec un réel intérêt, et non sans un 
certain orgueil patriotique, l'étude que M. Juste a consacrée 
au diplomate, à l'homme d'esprit dont la Belgique n'oubliera 
pas le dévouement et les services. — E.-L. (Journal de 
Liège.) 

M. Théodore Juste vient de consacrer deux volumes 
in-8° à la biographie de M. Sylvain Van de Weyer. Les 
documents inédits qu'il lui a été permis de consulter 
donnent un vif intérêt à cette étude politique, une des 
plus importantes de celles que l'auteur a consacrées aux 
« fondateurs de la monarchie belge. ■< - - Indépendance 
belge. 

...Avec une carrière aussi remplie sous tant de rapports 
que celle de M. Van de Weyer, M. Juste ne pouvait 
manquer de nous offrir une très-intéressante biographie. 
Ajoutons qu'il a su grouper les faits avec habileté et talent 
et qu'il les a retracés dans un style simple et clair. Ce qui 
donne en outre de la valeur au livre, ce sont les nombreuses 
citations et pièces inédites qu'on rencontre soit dans le 
texte, soit dans les appendices... — Revue de Belgique. 

Nous n'analyserons pas les deux volumes de cette Galerie 



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22 

qui viennent de paraître. Chacun sait que l'homme auquel 
ils sont consacrés, et qui, pour le dire en passant, n'a point 
dû demeurer des siècles sous terre pour être apprécié 
est un des types politiques les plus élevés et les plus 
remarquables qu'ait produits notre Belgique moderne Polé- 
miste, orateur du barreau, orateur politique, bibliophile 
homme de salon, diplomate, landlord, M. Van de Weyer a 
su toujours et partout mériter de monter au premier rang 
et s'y maintenir. A vingt-trois ans, l'opinion publique l'avait 
déjà remarqué; à trente ans, il était un des hommes les 
plus influents de la révolution, et l'un des plus forts par son 
énergique modération. A trente et uti ans, il devenait 
envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de 
Leopold I" à Londres. - Libéral, M. Van de Weyer eut la 
gloire et la force de rester, un des derniers, fidèle à ce grand 
paru de l'union, que les catholiques belges n'ont pas été les 
premiers à répudier, et qui, dans nos sociétés de transi- 
tion, avait si bien vu que gouverner, c'est transiger, non 
avec les principes, mais avec les hommes et les faits — 
Représentant à Londres de la pensée du pays et de la pensée 
de Leopold I-, qui, depuis 1840 jusqu'à sa mort, fut un des 
plus vaillants et des plus influents champions de la paix 
européenne, M. Van de Weyer attacha son nom avec éclat ' 
a la naissance de notre jeune nationalité. A ce propos, nous 
ne pouvons nous empêcher de dire que le livre de M Juste 
contient des faits extrêmement curieux sur nos premiers 
rapports avec les puissances étrangères. Ces faits surpren- 
dront bien des personnes; mais qu'y faire? Décidément la 
statue du général Belliard, en tant qu'elle symbolise l'inter- 
vention désintéressée de Louis-Philippe en notre faveur 
en 1830, chancelle fort sur son piédestal. Le gouvernement 



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•23 



de Juillet, tout en ayant l'air de nous défendre, avait une 
envie assez marquée de nous prendre et, sans le vélo 
énergique de l'Angleterre, il se fût peut-être passé cette 
fantaisie. — Ajoutons, en terminant, que les éléments 
principaux de la biographie de M. Van de Weyer sont 
empruntés aux archives particulières de cet homme d'État, 
archives qui, jusqu'à ce jour, étaient restées fermées à tout 
le monde, et qui sont particulièrement riches en documents 
émanés de la plume de toutes les sommités de l'Europe 
contemporaine. C'est là un fait qui donne aux volumes dont 
nous parlons une importance qui n'échappera à'j^apnjjc.^ 
— E. P. (Revue catholique, 15 juillet 187l.)/x- ' 




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Bruxelles. — Fn. Goan*r.H7s, imp. du Roi, ruo de Luuvniu, 40. 



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LES FONDATEURS DE LA MONARQUE BELGE, 

Par Théodohb Juste. 

Lcopold l«, ro i des Belges, d'après des documents inédits : 
Première partie (1790-1852), 1 vol. in-8°. 
Deuxième partie (1852-1865), 1 vol. in-8°. 
«nrlct de Chokier, régent de la Belgique, d'après ses papiers et 

d'autres documents inédits (1 769 -1859), 1 vol. in-8». 
Le baron de Gerlnche, ancien président du Congrès natio- 
nal, etc., 1 vol. in-8°. 

Joseph Lebeau, ministre d'État, d'après des documents inédits, 
(1794-1865), 1 vol. in-8°. 

Sylvain Van de Weyer, ancien membre du gouvernement provi- 
soire, ancien ministre plénipotentiaire de Belgique à Londres, etc., 
d'après des documents inédits, 2 vol. in-8°. 

Le comte Le Don, ministre d'État, ancien ministre plénipoten- 
tiaire de Belgique à Paris, etc., d'après ses correspondances diplo- 
matiques et d'autres documents inédits (1792-1856), I vol. in-8°. 

Le lieutenant général comte Goblct <1 II vieil,,, ministre 
d'Etat, ete.^d'après des documents inédits, 1 vol. in-8°. 

Le comte de IHnelcjnterc , ministre d'État, etc., d'après des 
documents inédits (1794-1862), 1 vol. in-8». 

Charles de Bronckcre , bourgmestre de Bruxelles, etc. (1796- 
1860), 1 vol. in-8°. 

Noies historique* et biographiques sur les fonda- 
teursde FÉtat belge M850-1870), d'après des documents 
inédits, 1 vol. in-8°. 



BRUXELLES. — FR. GOBBA 




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